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TABLEAU DE BORD. 2013. UN TOURISTE INTEMPOREL

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TOURISCOPIE. TABLEAU DE BORD 2013

LES ÉCRIVAINS PARLENT DE TOURISME… de JJ. Rousseau à Jacques Kérouac en passant par Henry Miller, Théophile Gautier ou Sigmund Freud : voilà deux siècles que des écrivains évoquent leurs voyages et démontrent que les comportements et les attentes d’hier sont aussi celles d’aujourd’hui.
 

 Le refrain selon lequel les évolutions de nos sociétés sont constantes, régulières, permanentes et radicales est désormais entré dans tous les esprits. Telle une rengaine, il se fredonne de colloques en symposiums, de rencontres en forums, sur des airs de marketing.

Pour notre part, nous avons largement contribué depuis plus de 15 ans, à le mettre en musique, soulignant les moindres changements, tant sur le plan économique que démographique ou technologique, capables de modifier un tant soit peu les comportements touristiques.

L’heure est-elle venue de faire notre mea-culpa et de revenir sur quinze ans d’observation sociétale, nos tentatives de recommandations, nos esquisses prospectives ? Avons nous eu raison d’insister sur l’hédonisme contemporain, la quête de sens, le marketing de la nostalgie, la demande de bien-être spirituel et corporel, le renforcement de l’individualisme, les nouvelles façons de lire et d’écrire, de s’informer, d’acheter ou de ne pas acheter ?

De l’euphorie des années start-up à la dépression économique et morale actuelle, avons nous eu raison de surfer sur la montée en puissance du marché des seniors, des familles monoparentales, sur le déferlement de la vague verte, sur la recrudescence des aspirations ludiques, sur le tourisme de repérage, de validation, d’aventure, sur les nouvelles peurs, sur les nouvelles envies ?

Le genre humain a une qualité : il s’adapte coûte que coûte au changement. Dans une même volonté de survie, il est d’autant plus flexible et malléable que les scientifiques ont découvert que notre cerveau ne meurt pas mais, au contraire, pour peu qu’il soit stimulé, il est capable de se régénérer.

Bonne nouvelle ! Que nous soyons en situation touristique ou pas, nous sommes donc un être mobile susceptible de se modifier.

Mais, le genre humain est également sujet à la permanence. Qui n’a pas observé ses formidables aptitudes à manger, dormir, se distraire, s’émouvoir, aimer, bouger de façon quasiment identique à travers les âges ? L’humanité est le théâtre de constantes anthropologiques ou d’invariants qui, selon les structuralistes entraînés par Claude Levi-Strauss, constituent l’unicité de l’homme.

La messe est dite. Derrière une apparente mobilité et diversité, le genre humain est animé par une mécanique commune, presque immuable qui met des milliers d’années à se transformer. Voilà pourquoi, en situation touristique comme dans d’autres situations, les émotions, les perceptions, les réactions, les attitudes se modifient à peine.

Pour preuve, le périple à travers la littérature de voyage des 200 dernières années que nous avons réalisé pour ce numéro. De Rousseau à Jack Kerouac en passant par Théophile Gautier, George Sand ou, plus proches Georges Simenon et Henry Miller, le doute n’est guère permis. Voyager a produit de tout temps des réactions comparables sur le moi intime. Vivre tout simplement, aussi.

Voilà pourquoi, quand Rousseau cherchait à se ressourcer dans la nature et quand Henry Miller préférait la rencontre de la population locale à celle des touristes, ils affichaient déjà des comportements très contemporains. Et quand Jack Kerouac se perdait dans des effluves de marijuana, il n’était guère différent de Nerval avant lui et de tous les fêtards des « full moon parties » aujourd’hui.

Certes, les voyageurs que nous étudions constituent une avant-garde visionnaire. Il n’en reste pas moins qu’ils démontrent que les attitudes d’hier sont comparables à celles d’aujourd’hui donc de demain.

Malgré l’accélération de la vitesse et l’amplification des usages du Web, le voyage intérieur du touriste restera sans doute intemporel. Ses émotions, ses perceptions, ses désirs également. Dernier point, nous avons volontairement arrêté notre démonstration aux écrivains des années cinquante, afin de rester dans un passé relativement lointain et étayer ainsi notre démonstration.

 

Josette Sicsic

Sommaire

2007 à 2013 : en quoi les touristes ont changé  ?

1730. Rousseau se met au vert

La nature comme refuge

1830. Théophile Gautier aime l’authenticité

La quête de couleur locale

1838. Les paradoxes de George Sand

Une touriste fort exigeante

1880. Le voyage immobile de J-K Huysmans

Partir ou ne pas partir ?

1900. L’hédonisme selon Freud

Les 4S : sud, shopping, sous, saveurs

1930.  Le tourisme engagé de Georges Simenon

Une dénonciation de la mécanique touristique

1930-1950. La nostalgie selon Paul Morand

La quête vaine des paradis perdus

1940. Le tourisme d’immersion d’Henry Miller

La passion de la population locale

1949. Un tourisme en dilettante d’Henri Calet

Bronzons idiot !

1950. la fureur de vivre de Jack Kerouac

Aventure, transgression, jubilation 

1950-2013 : La frénésie d’écrire… toujours la même chose !

 

2 thoughts on “TABLEAU DE BORD. 2013. UN TOURISTE INTEMPOREL

  1. Philippe Markarian

    Pourtant, je crois que le touriste change : si ses rêves d’ailleurs sont toujours les mêmes, il a aujourd’hui beaucoup plus de facilités pour les réaliser. Le monde moderne lui offre la possibilité
    de faire le tour du monde en moins de 2 jours. De quoi donner un coup de vieux à ce cher Philéas Fogg, non ?

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