Touriscopie

TOURISME ET GEOPOLITIQUE

 TOURISCOPIE. N° 161. Octobre 2013.

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Il est des époques plus excitantes mais plus difficiles à vivre que d’autres. En panne de progrès économiques et en partie de progrès sociaux, l’humanité se débat entre « un monde d’hier qui n’est plus et un monde de demain qui n’est pas encore ».

Dans bien des secteurs, c’en est fini des modèles de l’après guerre qui, en pleines Trente Glorieuses, permettaient à l’industrie de tourner, aux salariés de travailler, à la consommation d’enrichir le bien-être quotidien des Occidentaux. Mais, rares sont les nouveaux modèles capables de prendre le relais.

Pulvérisée par la révolution technologique, la distribution touristique traditionnelle compte parmi ses principales victimes. Un à un, les agents de voyages perdent de leurs clients qui, plus jeunes et plus technophiles, s’en remettent aux portails géants, pour dénicher les vacances idéales. L’intermédiation n’est plus ce qu’elle était : plusieurs milliers de postes ont disparu en quelques années, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que des milliers de sites et de blogs se sont créés pour déverser leurs flots d’informations et photos sur les écrans des internautes.

Le tour opérateur semble aussi menacé par ces mêmes internautes experts qui fabriquent eux-mêmes leurs packages, y compris leurs circuits et se dispensent d’utiliser leurs services. Parfois au profit des agences réceptives locales contactées directement. Souvent pour leur propre profit. Autre souci, que pèsent la France et ses maigres clients face aux énormes flux de clientèles que représentent sur certaines destinations : les Russes, les Asiatiques et bientôt sans doute une grande partie des Latino Américains ?

Il est clair que, dans le petit monde du tour-operating, les choses ne tournent plus rond. Quant à la presse spécialisée, ne subit-elle pas les conséquences de ces bouleversements ? Encore un modèle économique défini après guerre dans lequel la publicité payait l’information, qui ne tient plus la route. Aujourd’hui, la publicité se fait rare, surtout sur le papier et, les écrans raflent la mise.

Quelles solutions proposer ? Pour Jean Pierre Nadir, le directeur et fondateur d’Easy Voyages par exemple, il semblerait que l’une des pistes les plus porteuses à explorer réside dans des sites internet capables de fabriquer des voyages sur mesure à l’intention d’internautes de plus en plus demandeurs de sophistication et de sur mesure. Le site vendant packages standard, vols secs et nuits d’hôtel est, selon lui, d’ores et déjà en retard par rapport aux attentes.

Une opinion partagée par beaucoup

Certes, quelques expériences sont faites. Mais, elles sont le fait de petites start up aux moyens limités. S’il va de soi que le développement de l’industrie touristique passe par la technologie, il n’est cependant pas sûr qu’il ne passe que par la technologie. Bien des problèmes sont en effet encore à résoudre. Notamment, dans celui des relations entre populations. L’actualité nous le répète régulièrement : est-il tolérable de laisser s’abîmer dans la Méditerranée des centaines d’Africains en quête du rêve européen alors que les Européens sont suppliés par des ministres du Tourisme aux abois de venir bronzer sous le soleil africain ? L’innovation dont on continue à trop parler dans un monde qui « parle souvent pour ne rien faire » est sans doute aussi à chercher dans les créneaux vacants d’une géopolitique en panne chronique de solutions…