Touriscopie

LE MONOPOLE DU NUMERIQUE

TOURISCOPIE. N° 176. Février-Mars 2015

telephonneActualité touristique et actualité numérique semblent être devenues synonymes. Compte tenu du flot d’initiatives des géants du Net et des milliers de petites start-up qui, non seulement conçoivent des nouveautés mais savent habilement s’auto promouvoir via des publications de sondages n’ayant aucune valeur statistique, des photos ou des vidéo pseudo humoristiques… On en arrive à se demander si l’industrie touristique est devenue autre chose qu’une machine à produire des services et des gadgets dont certains sont de plus en plus pointus quand d’autres n’ont aucune viabilité. Devant les success story de certains, il est vrai que la presse complice, n’en finit pas de leur consacrer ses unes et des enquêtes plus ou moins fouillées : le patron d’Uber, malgré ses soucis juridiques a droit à 6 pages de La Tribune, quand le Pdg d’Airbnb, Brian Chesky, se voit dérouler le tapis rouge de la mairie de Paris et accueillir comme une rock star, alors qu’officiellement les élus parisiens sont en conflit avec le site !

Autres exemples : quand Booking.com fait une conférence de presse pour annoncer la création de « Booking now » son nouveau service de recherche d’hébergement de dernière minute et, voilà l’ennemi Numéro 1 des hôteliers sur médiatisé. De quoi faire oublier qu’Accor, le géant de l’hôtellerie a attaqué le site de réservation !

Quand Air-France lance un service de « gamification » au départ de deux aéroports asiatiques, ce jeu fait plus de bruit que la montée en puissance de trois nouvelles compagnies low-cost. Et, pourtant, le gadget n’a concerné que 400 personnes !

On oublie également volontiers les destinations qui émergent de la carte touristique tandis que des tour-opérateurs de qualité comme Donatello mettent la clé sous la porte et que le groupe Pierre &Vacances parvient contre vents et marées à ouvrir un nouveau Center-Parcs dans la Vienne. Un investissement de 300 millions d’euros tout de même à l’heure où l’investissement touristique est en berne !

 

Les performances des « petites » start-up devenues très « grandes » sont certes étonnantes et révélatrices de nouvelles façons de consommer et des carences d’une industrie touristique qui n’a pas su, à force de conservatisme et d’arrogance, voir évoluer la demande et faire confiance à de jeunes entrepreneurs très au fait du changement. Mais, l’économie « disruptive » ne fait pas tout. Même si elle fait beaucoup pour améliorer le sort du touriste et atteint des cotes hallucinantes : 4,9 milliards $ pour Uber ou 795 millions $ pour Airbnb et, même si elle a encore beaucoup à inventer, ne gagnerait-elle pas à ralentir sa course aux levées de fonds pour prendre le temps de la réflexion. Car, poussés par l’appât du gain, les hackers des générations Y et Z prennent des risques inconsidérés contre les Goliath de la Silicon Valley, dont certains ne se relèvent pas. A moins que, comme le déclare Russell Davies, un intervenant de la célèbre conférence Lift qui s’est déroulée pour la dixième année à Genève : « Il ne faille arrêter de parler d’innovation pour plutôt s’intéresser à l’impact du numérique dans nos vies » !

 

SOMMAIRE

 Veille-comportements

• Les liens familiaux, une valeur en hausse continue… dans une société inquiète

L’étude réalisée par Ipsos et présentée par le groupe Pierre & Vacances en marge de l’ouverture du prochain Center Parcs du Bois aux daims, souligne une nouvelle fois l’importance des retrouvailles familiales dans les motivations de départ. Une bonne occasion pour que Touriscopie revienne sur ce sujet et fasse le point sur la nature de la relation familiale aujourd’hui.

• Les enfants aiment-ils les vacances ?

Comment satisfaire la demande des enfants selon les âges. La question mérite toujours d’être posée pour être résolue…

• Le voyage invisible du touriste : Un exemple de complexité

Voyager ne signifie pas simplement se déplacer dans l’espace. Parallèlement aux gestes et aux mouvements indispensables au voyage « vrai », un autre déplacement s’accomplit. Il se situe entièrement au niveau mental. Caricaturé ou tout simplement ignoré par la plupart des professionnels du marketing et du tourisme, ce parcours psychique ajoutant à la complexité du voyageur, mérite d’être mieux connu. D’autant qu’il constitue une mine d’informations et peut ouvrir des pistes à de nouvelles prestations.

 Veille-stratégies

• L’innovation à l’ère de la disruption : Quand les start up cherchent la bonne idée

L’innovation est à la mode. Il faut dire qu’elle est indispensable à tous les secteurs. Notamment le secteur du tourisme totalement bouleversé par des initiatives planétaires qui, aujourd’hui pèsent des milliards de dollars. Mais, l’innovation est désormais « disruptive » ou elle n’est pas !

• Le mirage des big data : arme de prospection massive

Les apôtres du big data, nouvelle denrée magique, n’en démordent pas. Une bonne exploitation des données présentes sur internet permettrait à une entreprise de mieux connaître ses clients et de leur proposer un service personnalisé. Soit ! Mais, que signifie-t-on par service personnalisé ? Et surtout, que signifie t-on par bonne connaissance de ses clients ? Enfin, l’analyse des données est-elle réaliste dans tous les secteurs du tourisme ?

  Veille-débat

 – Est-il « minuit dans le siècle » ? Regard sur une planète qui ne tourne plus rond

Plus que tout autre secteur, le tourisme est dépendant de l’humeur du monde. Or, chaque siècle connaît ce moment où l’espoir semble s’évanouir, où l’obscurité est telle que l’on a peur de ne plus jamais voir le jour. Le début de ce vingt-et-unième siècle n’échappe pas à la règle. A tel point que nous pouvons nous poser la question que se posait l’écrivain Victor Serge en 1939 : « est-il minuit dans le siècle ? »

Veille-Produits

• Brésil, entre mythe et réalité : Un tourisme en trompe l’œil

 Doté d’une image exceptionnelle, le Brésil fait rêver la terre entière. Pourtant, cette destination n’affiche pas d’excellentes performances touristiques. Plafonnant à environ 6 millions, les arrivées internationales ne devraient pas battre des records dans les années à venir. N’en déplaise aux grands événements sportifs que le gouvernement brésilien s’évertue à vouloir accueillir.

• Musées et attractivité touristique : Les « bulles de Bilbao » font toujours rêver

Les collectivités européennes ont chacune à leur tour et à leur façon rêvé d’un effet Bilbao. Fascinées et jalouses de la réussite de la ville espagnole que le musée Guggenheim a tout simplement inscrit sur la carte touristique du monde, certaines ont tenté à leur tour l’aventure. Avec des armes plus ou moins efficaces.

Mieux, le Moyen Orient et désormais la Chine utilisent des stratégies comparables afin de consacrer leur statut de destination touristique. D’où la frénésie architecturale qui s’est emparée de ces pays. Car, ce ne sont pas forcément les collections qui comptent. C’est l’architecture.

Pour aborder la question, nous avons demandé à Jean Michel Tobelem, expert en la matière, de nous donner son point de vue. Sur la France et sur le reste du monde.Il vient de consacrer un ouvrage : « Les bulles de Bilbao » à ce sujet.

 

 Actualité touristique et actualité numérique semblent être devenues synonymes. Compte tenu du flot d’initiatives des géants du Net et des milliers de petites start-up qui, non seulement conçoivent des nouveautés mais savent habilement s’auto promouvoir via des publications de sondages n’ayant aucune valeur statistique, des photos ou des vidéo pseudo humoristiques…

On en arrive à se demander si l’industrie touristique est devenue autre chose qu’une machine à produire des services et des gadgets dont certains sont de plus en plus pointus quand d’autres n’ont aucune viabilité. Devant les success story de certains, il est vrai que la presse complice, n’en finit pas de leur consacrer ses unes et des enquêtes plus ou moins fouillées : le patron d’Uber, malgré ses soucis juridiques a droit à 6 pages de La Tribune, quand le Pdg d’Airbnb, Brian Chesky, se voit dérouler le tapis rouge de la mairie de Paris et accueillir comme une rock star, alors qu’officiellement les élus parisiens sont en conflit avec le site !

 Autres exemples : quand Booking.com fait une conférence de presse pour annoncer la création de « Booking now » son nouveau service de recherche d’hébergement de dernière minute et, voilà l’ennemi Numéro 1 des hôteliers sur médiatisé. De quoi faire oublier qu’Accor, le géant de l’hôtellerie a attaqué le site de réservation !

Quand Air-France lance un service de « gamification » au départ de deux aéroports asiatiques, ce jeu fait plus de bruit que la montée en puissance de trois nouvelles compagnies low-cost. Et, pourtant, le gadget n’a concerné que 400 personnes !

On oublie également volontiers les destinations qui émergent de la carte touristique tandis que des tour-opérateurs de qualité comme Donatello mettent la clé sous la porte et que le groupe Pierre &Vacances parvient contre vents et marées à ouvrir un nouveau Center-Parcs dans la Vienne. Un investissement de 300 millions d’euros tout de même à l’heure où l’investissement touristique est en berne !

 … Les performances des « petites » start-up devenues très « grandes » sont certes étonnantes et révélatrices de nouvelles façons de consommer et des carences d’une industrie touristique qui n’a pas su, à force de conservatisme et d’arrogance, voir évoluer la demande et faire confiance à de jeunes entrepreneurs très au fait du changement.

Mais, l’économie « disruptive » ne fait pas tout. Même si elle fait beaucoup pour améliorer le sort du touriste et atteint des cotes hallucinantes : 4,9 milliards $ pour Uber ou 795 millions $ pour Airbnb et, même si elle a encore beaucoup à inventer, ne gagnerait-elle pas à ralentir sa course aux levées de fonds pour prendre le temps de la réflexion.

Car, poussés par l’appât du gain, les hackers des générations Y et Z prennent des risques inconsidérés contre les Goliath de la Silicon Valley, dont certains ne se relèvent pas. A moins que, comme le déclare Russell Davies, un intervenant de la célèbre conférence Lift qui s’est déroulée pour la dixième année à Genève : « Il ne faille arrêter de parler d’innovation pour plutôt s’intéresser à l’impact du numérique dans nos vies » !

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