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LE BON TOURISTE EST CELUI QUI RESTE CHEZ LUI

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Juin 2015. Chronique

L’édition 2015 de la « Journée mondiale pour un tourisme responsable » était consacrée à un débat sur le « green marketing » et le « green washing ». Pourquoi pas ? Le tourisme responsable a beau afficher des valeurs de solidarité et de générosité, il a aussi des besoins bassement matériels l’obligeant à communiquer, faire du marketing et augmenter le nombre de ses clients. Malheureusement, bien qu’installée dans le paysage touristique depuis deux bonnes décennies, parfois plus, cette forme de tourisme peine à rassembler des troupes conséquentes de voyageurs. Pourquoi ?

… Certes, ce n’est pas sa vocation : tourisme responsable et tourisme de masse ne peuvent pas rimer. De plus, nul n’ignore que les motivations économiques restent prédominantes en matière de choix de vacances. On part où on peut et pas forcément où on veut. Pour de nombreux vacanciers, le choix est donc vite fait.

Ensuite, malgré l’indéniable progression de la sensibilité environnementale au sein de la population occidentale d’une façon générale, il est d’autres raisons qui font que le tourisme « solidaire », « responsable », « durable » a du mal à progresser. D’une part, bien que connues, les nombreuses appellations restent floues. « De quoi s’agit-il au juste ? », se demandent certains. Il faut reconnaître que la confusion est légitime : entre tourisme de pleine nature et construction d’une école en pays dogon au cours d’un séjour, on ne voit pas très bien la relation. De plus, le volet social du tourisme responsable est très souvent ignoré du grand public alors qu’il est majeur. Mais, beaucoup plus préoccupant : la baisse de l’engagement pour une consommation durable est spectaculaire. En effet, selon la dernière étude d’Ethicity, les Français ne sont plus que 45,2, % à afficher des préoccupations environnementales contre 50,9% en 2014 ! Il est même un groupe de sceptiques baptisés « les rétractés » qui se renforce. Méfiants vis à vis des industriels et des institutions, ces derniers appartiennent à des classes sociales fortement affectées par la crise, donc poussées au repli sur soi. A l’inverse, les « share activists », totalement acquis à la cause responsable, progressent de 4 points, mais ils ne représentent que 12% des interviewés. Recrutés parmi des couches sociales éduquées et aisées, de tendance plutôt « cultural créatives » et « Do It Yourself », ceux-ci sont non seulement inquiets mais préoccupés par l’état de la planète tant sur le plan humain qu’environnemental. On pourrait aussi ajouter qu’ égoïstement, ils sont préoccupés pour leur santé ! En gros, et malgré les nuances, la réalité est éloquente : un quart de nos compatriotes se désintéresse des enjeux environnementaux. Ce qui, à la veille de la COP 21, n’est pas de bonne augure !