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Paris : une capitale pas comme les autres

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Le 25 décembre 2015. Le « black Friday » aura eu plus d’impact sur la fréquentation parisienne que les attentats de janvier 2015. L’OTCP vient de publier des données préoccupantes : la perte moyenne de taux d’occupation est de 24 points. Toutefois un retournement de tendance  semble s’esquisser depuis ce week-end, indique le cabinet Forwardkeys. En fait, toute la question est de savoir combien de temps est désormais nécessaire à un retour de la confiance touristique internationale. Donc, toute la question est de savoir quelle analyse on fait de la situation politique. Deux attitudes oscillant entre deux extrêmes sont possibles : d’une part, certains considèrent que l’on est entré dans un nouveau cycle, une situation à l’Israëlienne dans laquelle chacun s’accommode de la nouvelle donne et continue à vivre, donc à voyager.

La peur est normale et respectable

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A peine les atrocités parisiennes avaient-elles eu lieu que la presse, toujours aussi délicate, s’évertuait à passer à l’étape suivante : les comptes et décomptes des annulations hôtelières, des manifestations reportées, des touristes perdus… Comme si seule avait de l’importance cette petite comptabilité mesquine qui ne voit parfois le monde qu’à travers sa calculette. Non, bien évidemment, le secteur touristique n’est pas sans partager les deuils du pays et ses témoignages de sympathie ne manquent pas.

On a tué Paris, on est tous Paris… Et aprés ?

Numéro 182-183. Novembre 2015

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En Janvier, on a tué Charlie, et nous avons tous été Charlie. En Novembre, on tue Paris et, « nous sommes tous Paris ». Plus tard, on tuera sans doute la France et « nous serons encore à l’unisson la France »… Et puis, un jour, on tuera le monde et quelques uns d’entre nous voudront sans doute encore tenter d’«  être le monde » mais ne le pourront plus. Le manège infernal doit s’arrêter et les états libres et démocratiques doivent accepter la réalité aussi inacceptable soit-elle, selon laquelle ils sont entrés dans une nouvelle forme de guerre où l’ennemi ne parle pas le même discours que nous et ne partage pas les mêmes valeurs.

Après le 11 septembre 2001, le monde a changé et certains d’entre nous ont eu la lucidité de dire « ce ne sera plus comme avant ». Après le 13 Novembre 2015, admettons-le, notre « Douce France » ne sera plus comme avant car ce ne sont plus des symboles qui ont été attaqués, mais vous et moi. Des gens ordinaires qui écoutaient de la musique, buvaient un verre, s’enthousiasmaient pour une équipe de football, fumaient une cigarette et s’imaginaient encore vivre dans un monde en paix.

… Quand Eric Hobsbwam parlait de la barbarie du siècle passédans son livre célèbre « Le court vingtième siècle » », il laissait entendre que le vingt et unième siècle ne serait guère mieux. Une vérité douloureuse à entendre mais face à laquelle nous devrions probablement en finir avec nos attitudes angéliques.

Pour ceux grandis dans le mythe romantique d’un monde sans frontières dans lequel les citoyens du monde se déplaçaient librement, la nouvelle donne est difficile à admettre. Quant à l’industrie touristique qui s’est construite sur la rencontre de l’ailleurs, elle a du mal à se positionner sur cette nouvelle géographie où la France et l’Europe sont tout aussi vulnérables que la Tunisie ou l’Egypte face au terrorisme.

Que faire ? Essayons de ne pas attendre de devoir tous être un genre humain diminué et affaibli qui regrettera l’époque bien heureuse où il rêvait candidement d’être « augmenté » par des Smartphones et des puces et, disait « Nous sommes tous Paris », en allumant librement de petites bougies devant des lieux meurtris…

Josette Sicsic