Touriscopie

1936 : LES VACANCES, UNE IDEE NEUVE !

 

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TOURISCOPIE. N° 188. Mai/juin 2016

 

A l’heure ou la loi El Khomry déchaine les frondes, l’on pourrait fêter les 80 printemps de la loi sur les congés payés votée en juin 1936. Laquelle rendait obligatoires deux semaines de congés payés alors qu’une autre loi réduisait le temps de travail hebdomadaire à 40 heures. Voilà donc 80 ans que les congés payés sont entrés dans la vie des Français. Symbolisées par des images qui sont désormais complètement ancrées dans les imaginaires, ces deux semaines constituent un acquis social de toute première importance pour les habitants de l’Hexagone, auxquels on reproche à tort, de ne pas travailler autant que les autres pays occidentaux. Depuis 1936, il faut dire que les deux semaines de vacances obligatoires se sont sérieusement allongées : une troisième semaine sous le gouvernement de Guy Mollet, une quatrième dans la foulée de Mai 68, une cinquième semaine en 1981 ainsi qu’une loi réduisant à 39 heures le travail hebdomadaire, sous la présidence de François Mitterrand et enfin, les RTT en 2002 !

Nous avons donc du temps pour nous. Nous en avons même de plus en plus, puisque le temps de travail s’est considérablement réduit. Selon Jean Viard, dans son ouvrage : « Le triomphe d’une utopie : la révolution des temps libres » ( Editions de l’Aube. 2015), depuis la révolution industrielle, dans les pays développés, on est passé d’une vie moyenne de 500 000 heures à une vie moyenne de 700 000 heures. La durée moyenne du travail salarié est passée pour sa part de 200 000 heures à 70 000 heures !

Et pourtant, nous sommes toujours stressés par le manque de temps ! Le temps libre est bel et bien une denrée précieuse, voire indispensable à une existence d’individu « normal », emporté dans la tourmente d’une aspiration dominante à l’hédonisme. Car « libre » est synonyme de « liberté » dans une société qui, comme la nôtre, en a fait sa devise.

Mais qui dit temps libre dit aussi mise en marche d’une industrie du loisir qui, au fil des décennies, a pris une importance grandissante : loisirs individuels, loisirs culturels, loisirs sportifs… On oublie que le gouvernement du Front populaire a également mis en place une grande partie de la politique culturelle actuelle. Il jetait ainsi les bases d’une industrie sur laquelle aujourd’hui le monde entier tente de prospérer.

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Moins de départs pour cet été, selon le baromètre vacances d’Europ Assistance

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La publication du Baromètre Voyages d’Europ Assistance compte parmi les rituels printaniers que l’on attend avec impatience. Voilà 16 ans que de baromètre réalisé par Ipsos fournit une vision relativement juste des intentions de départs et de dépenses des Européens. Avec une nouveauté cette année : l’enquête porte aussi sur le Brésil et les USA.

Mais, les nouvelles ne sont pas très bonnes. Crise aidant, les intentions sont à la baisse cette année dans la plupart des pays européens. 57 % des Français envisagent de partir cet été, soit un recul de 6 pts par rapport à 2015. La tendance se vérifie dans les autres pays : – 7 pts auprès des Allemands (55%), – 11 pts pour les Espagnols (49%), – 8 pts chez les Italiens (52 %), et – 10 pts auprès des Belges (47 %). Seule l’Autriche fait figure d’exception avec un taux stable par rapport à l’année dernière (63 %, + 1 pt).
La situation outre-Atlantique apparaît plus positive : les Américains et les Brésiliens affichent des taux supérieurs, respectivement 61 % et 64 %, proches des niveaux observés l’année dernière dans les pays européens.

Sans surprise, c’est en Europe du Sud que la tendance à la baisse est la plus lourde : 35 % des Italiens et 26 % des Espagnols ne seront pas en mesure de financer des vacances cette année, contre 20 % des Français et 15 % des Belges. Budget moyen pour un ménage : 2047 euros.
Plus d’infos sur : www.europ-assistance.com

 

Une exception touristique à la Française : le tourisme social

Atout France et l’Unat publient à cette occasion un cahier sur l’offre du Tourisme Social et Solidaire qui compte aujourd’hui près de 2 000 établissements, dont 1 400 sont fédérés par l’UNAT. Ce parc reçoit annuellement plus de 4 millions de vacanciers, dont 28% sont des jeunes adultes, 27% des enfants-ados en groupes et 26% de familles. Avec un chiffre d’affaires d’environ 1,4 milliard d’euros, le secteur emploie plus de 40 000 salariés et représente un parc d’hébergement de 260 000 lits. Il génère par ailleurs près de 100 millions d’euros d’investissements annuels, captés aux 2/3 par le parc des villages de vacances. http://atout-france.fr/

La « gig economy » est en plein essor

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L’Urssaf en France tente de plaider la cause des chauffeurs ubérisés. Parviendra-t-on à changer la donne ? En Californie, une class action contre la « licorne » n’a rien réglé sauf le règlement de plusieurs millions de dollars pour éteindre le feu allumé par une avocate plus entêtée que les autres. Le travail est donc en train de changer, grignotant les privilèges de beaucoup et créant pour les autres des conditions de grande précarité, sous couleur de liberté.

Sans une appréciation des conditions de travail aujourd’hui et de l’avenir du travail, il n’est pas évident de comprendre comment évoluera la demande des vacanciers. Il y a vacances parce qu’il y a travail. Or, le sujet de l’avenir du travail a beau avoir été abordé par des quantités de sociologues et économistes, il n’en reste pas moins opaque. Pourtant, quelques tendances se dégagent qui ne manqueront pas d’influencer les comportements touristiques de demain. Lesquelles ? De toute évidence, le salariat bien qu’en bonne santé aujourd’hui, devrait perdre du terrain. Les entrepreneurs devraient en gagner. Mais, pour certains, entreprise ne rimera pas avec stabilité mais avec précarité.

Réinventer sa vie !

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La règle des 3 D « Détente, divertissement, dépaysement » établie dans les années soixante par Joffre Dumazedier peut-elle encore s’appliquer aux vacances d’aujourd’hui ? Ou bien est-elle d’ores et déjà périmée et inadaptée aux aspirations des vacanciers du vingt-et-unième siècle ? Huit décennies après la loi de 1936 sur les congés payés, la question peut et doit se poser d’autant plus que les nouvelles expressions sensées décrire les aspirations des vacanciers se multiplient, sans pour autant désigner de nouveautés. Vous avez tous entendu parler d’expérientiel, d’émotion, de sensations, d’inspiration, de lâcher prise, de détox… Mais, s’il se s’agissait que d’un enfumage marketing. Si nous n’avions qu’un seul besoin de base : souffler, se fabriquer des images souvenirs, respirer, et pour quelques uns cependant tenter de réinventer sa vie, ailleurs, autrement ?

Florence légifère contre la mal bouffe

La décision des élus italiens consistant à éradiquer la nourriture de fast food étrangère à la capitale toscane constitue un signal fort. Enfin, une ville hautement touristique accueillant quelque 16 millions de visiteurs par an, ose s’attaquer aux nuisances causées sur le paysage et le territoire touristiques par les petits commerces de nourriture mondialisée, souvent asiatique ou turque, sans saveurs, servie dans un confort et une hygiène relative, aux antipodes des exigences de fraicheur, santé, traditions, raffinement, saveurs…exprimées par nos contemporains.

Désormais, 70% de la nourriture vendue dans les rues de Florence devra provenir de la production locale. Un diktat qui n’a rien de xénophobe mais qui constitue une réaction saine à un phénomène de dégradation malheureusement omniprésent dans la plupart des destinations touristiques occidentales. A quoi cela sert-il en effet de faire classer sa gastronomie au patrimoine mondial, quand on est incapable de lui offrir une vitrine valorisante à travers ses rues ? Et, pourquoi ne pas offrir aux touristes les modestes une chance de satisfaire ses papilles, sa curiosité, son sens de l’esthétique, en dégustant une cuisine à petits prix de qualité ?

Loin d’être un combat d’arrière garde, le combat des Florentins, devrait être inscrit au programme de nombreuses autres villes italiennes comme Venise, Rome et Naples… et d’autres villes dans le monde.

Les start up meurent aussi !

Toujours dans le secteur de la restauration, on oublie souvent de signaler les dépôts de bilan de start-up qui, quelques mois plus tôt, avaient annoncé, pour nombre d’entre elles, qu’elles venaient de trouver une idée de génie et un financement. Par exemple, selon le Silicon Valley Chronicle, la start-up, la satrt-up Dinner lab spécialisée dans les livraisons de repas haut de gamme a jeté l’éponge après avoir levé 9,1 millions de dollars. Peu de temps avant, d’autres start-up du même type avaient aussi tiré leur rideau : c’est le cas de Kitchit et Kitchensurfing !

Luxe, hôtels, réalité virtuelle

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Pour fêter ses 70 ans, le groupe Intercontinental a décidé de confier à la prêtresse des tendances : Faith Popcorn, le soin d’imaginer l’avenir de l’hôtellerie de luxe. Un avenir que la prévisionniste voit tout en technologie et réalité virtuelle. Que prévoit-elle exactement dans un univers où le luxe sera devenu accessible et où les clients devront donc accéder à autre chose ?

– Des évasions imaginaires : Les hôtels proposeront à leurs clients des évasions sous la forme de jeux, qui leur permettront d’éprouver le frisson du danger, tout en restant en sécurité.

– Des garde-robes personnalisées : Les hôtels et les grands noms de la mode s’associeront pour mettre à disposition, dans la chambre des clients, des garde-robes composées d’impressions 3D de vêtements de créateur. Le comportement d’achat en ligne, la taille ou encore les conditions météo locales permettront de personnaliser ces garde-robes.

– Des espaces immersifs personnalisés : Le même établissement sera en mesure de proposer, par exemple, l’ambiance des plages des Caraïbes ou celle d’une station de sports d’hiver, dans ses chambres ou ses salons et restaurants. … Fasciné par la réalité virtuelle et ses prouesses, le secteur touristique accueille avec bienveillance toutes sortes de nouveautés, dont les casques et autres lunettes de réalité augmentée. Est-ce pour autant sans danger ?

Les hôtels imprimables

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Les  hôtels imprimables en 3 D sont une réalité, comme l’indique cet exemple pris aux Philippines. Tout comme les maisons imprimées, on est capable de construire, à partir d’imprimantes géantes, des hôtels, pour le moment de petite taille mais bien réels. Et, attention, on va être capables de faire encore mieux. Dans un avenir plus lointain, on devrait pouvoir utiliser la biologie synthétique qui se révèle une science en plein boom. Que fera-t-on ? Des hôtels qui poussent…

Le guide de la conso collaborative !

Pas mal ce guide édité par la Maif, qui recense les incontournables de la consommation collaborative dans tous les secteurs : http://www.guide.consocollaborative.com

 

UTOPIE TOURISTIQUE ? QUI SONT-ELLES ? OU SONT-ELLES ? COMMENT FONCTIONNENT-ELLES ?

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A partir de ce mois ci, nous vous proposons une nouvelle rubrique consacrée aux destinations ayant été capables de préserver leur caractère utopique grâce à une gestion raisonnée de leur développement touristique. Premier exemple : l’île de Lanzarote dans les Canaries.

A vous de nous proposer d’autres exemples !

touriscopie@gmail.com