Touriscopie

UN MONDE TOURISTICO COMPATIBLE

Numéro 198 – Avril 2017

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De nouveaux attentats ont frappé des destinations qui ne s’y attendaient pas ! De Londres à Stockholm en passant par Paris, l’Europe est sur le qui vive, d’autant que rien n’est résolu au Moyen-Orient et qu’un certain président nord coréen joue avec le feu, dans l’espoir de déstabiliser la Chine, la Corée du sud et par la même occasion, les USA ! Parviendra-t-il à ses fins ? Le risque existe. Comme existe le risque de voir notre démocratie reculer, de voir les crises migratoires enflammer l’Europe, de voir l’axe Moscou, Téhéran, Damas se renforcer alors que les mouvements populistes divisent les peuples et qu’un certain président turc s’arroge les pleins pouvoirs. Y compris ceux d’emprisonner sans aucune forme de procès les portes paroles de la liberté.

Nous aurions pourtant bien aimer parler d’autre chose ! Mais, à l’heure des choix présidentiels, alors que l’avenir reste improbable, le tourisme est plus que jamais un pion que les destinations avancent avec prudence sur un échiquier très instable… Alors que nous rêvons d’un monde meilleur, nous marchons sur des mines nichées sous la plage, sans doute prêtes à exploser.

Certes, selon les chiffres de l’Office du tourisme et des congrès de Paris, les arrivées hôtelières dans le Grand Paris ont progressé de 20 % en janvier 2017 par rapport à janvier 2016, et même de 28,7% pour les étrangers ! Globalement, de nombreuses nationalités manquant à l’appel comme les Japonais et les Russes ont repris le chemin de la capitale. Une bonne nouvelle qu’il convient de nuancer puisque les comparatifs portent sur 2016, soit une année particulièrement sinistrée, mais qu’il convient en même temps d’apprécier car, rien ne démontre que les beaux jours sont définitivement de retour. A deux doigts des élections présidentielles, alors qu’une candidate extrémiste dont nous ne voulons pas va offrir au monde entier, l’un des visages de la France, celui que nous n’aimons pas,  le tourisme français peut, non pas s’effondrer, mais perdre de son attractivité vis à vis des clientèles les plus pointilleuses en matière de valeurs et de gouvernance politique.

Elles ne sont pas majoritaires, hélas, comme le prouvent les flux touristiques intensifs qu’ont connu des états autoritaires comme la Tunisie, le Maroc, l’Egypte, la Chine, le Brésil des escadrons de la mort dans les années soixante-dix et tant d’autres. Séduits par des cartes postales ensoleillées, les touristes méconnaissent les coulisses et, si jamais ils se risquent à les entrevoir, ils préfèrent les ignorer, le temps des vacances.

Est-ce le sort que va connaître le tourisme turc dans les mois à venir ? Il a déjà largement payé son tribut au terrorisme, à ses compromissions avec la Syrie et aux purges monstrueuses qui ont éliminé près de 200 000 fonctionnaires. En 2016, le tourisme turc a connu un effondrement de l’ordre de 30% et, dans certaines stations comme Antalya de l’ordre de 90% ! Principales défections : les Russes. Mais, pas seulement : les Européens, notamment les Allemands, Néerlandais et Français ont été plus d’un tiers à faire défection ! Qu’en sera-t-il cette année, alors que les résultats du référendum viennent juste d’être connus ? Contestés, ceux-ci seront sans doute malgré tout validés et feront du président turc un dictateur prêt à rétablir la peine de mort, poursuivre les purges, jeter ses opposants en prison. Jusqu’en 2029, seul maître à bord, le président Erdogan veillera à ré islamiser un pays mal en point sur le plan économique dans lequel l’opposition n’aura plus son mot à dire. Une situation qui ne devrait pas être compatible avec le développement du tourisme réceptif. Mais, une nouvelle fois, ici encore, le soleil et la plage peuvent avoir raison des réticences politiques. Selon quelques observateurs, les Européens et nord-Américains sont les principaux marchés de déserteurs. Habitués à la démocratie, ils ne peuvent pas complément ignorer les régimes autoritaires. Mais, il reste bien d’autres marchés beaucoup moins pointilleux sur le sujet, notamment les marchés régionaux et asiatiques qui, pour leur part, ne feront pas la fine bouche. Quant aux Russes, leur président les a autorisés à reprendre le chemin de la Riviéra turque. On en attend 3 millions cet été. Mais, on attend aussi des Allemands convaincus par la diaspora turque présente dans leur pays. Car, R.T Erdogan n’a pas omis de mobiliser cette diaspora pour qu’elle invite ses proches à venir passer un bel été en Turquie !

 

Sommaire N°198. Avril 2017

• Futur : Extension du domaine du tourisme : tout le monde sera prestataire touristique.

Alors que, dans les années à venir, le nombre d’emplois touristiques continuera de grimper, il est à fort à parier que bon nombre de prestations touristiques seront aussi le fait de “non professionnels” qui, d’ores et déjà n’hésitent pas à se convertir en semi professionnels du tourisme. Soit par goût. Soit par opportunité. Soit par nécessité. Tous les domaines en tout cas sont concernés.  Pages 1 à 4.

• Futur : La nature revendique des droits : le ton monte et se durcit.

Pendant que beaucoup militent pour que les animaux aient des droits, fort légitimement, d’autres se battent pour que la nature soit dotée d’un statut juridique l’autorisant à porter plainte contre ses agresseurs. Un phénomène qui pourrait mettre le secteur touristique en ligne de mire et le déstabiliser, s’il n’en tient pas compte. À moyen terme, plutôt qu’à court terme ? Pages 5 et 6.

• Comportements : Les voyageuses en solo. Un marché mal exploité.

La France compte 22 millions de « solos », selon la définition de l’Insee. Parmi eux, plus de la moitié sont des femmes dont les pratiques et comportements de voyages sont très segmentées. Pages 7 et 8.

• Comportements : Routards d’hier, routards d’aujourd’hui.

Né dans les années soixante-dix, consacrant une impressionnante collection de guides, le terme de routard désigne aussi une catégorie de voyageurs toujours présents sur les routes du monde, mais bien différents de ceux d’hier. A y regarder de plus près, les évolutions de cette population de voyageurs nous en dit long sur les changements du monde. Pages 9 et 10.

• Stratégie : Sécuriser une destination. Les défis des années à venir

Les récentes attaques terroristes en France et partout dans le monde ont obligé, on le sait, les gouvernements à mettre en place des mesures de sécurité exceptionnelle, non seulement vis-à-vis des populations nationales mais aussi vis-à-vis des touristes étrangers. Pourtant, peu de tâches sont aussi complexes à mettre en œuvre. Alors que de nombreux pays tâtonnent, menacé sur l’ensemble de son territoire, Israël qui accueille plus de 3 millions de touristes réussit à maintenir sa fréquentation, voire à l’augmenter tout en évitant le pire. Comment ? Pages 11 et 12.

• Produits : Jardins, un produit indémodable. Le miroir fidèle d’une époque.

Le tout nouveau Festival des jardins lancé par le CRT Côte d’Azur pour redorer son image, illustre si besoin en été, la pérennité d’une offre touristique de la première heure qui traverse les époques avec succès. Pourquoi ? Parce que le jardin est un miroir fidèle de la société et de ses évolutions, et sait s’adapter à toutes les nouveautés. Lire pages 13 à 16.

• Produits : Les territoires énergétiques : nouvel eldorado

Nouveau business ou illustration de la demande grandissante de spiritualité grâce à une reconnexion avec les forces de l’univers et des esprits ? Les territoires dits énergétiques constituent en tout cas de nouvelles destinations très prisées. Probablement pour longtemps. Un phénomène que la France pourrait exploiter.Pages 17/18

• Tendances : Intelligence naturelle et artificielle : le duo gagnant ? 

L’IA, soit l’intelligence artificielle est devenue la nouvelle coqueluche de notre société en mal de nouveautés. Les start-up du secteur touristiques ne jurent que sur son développement dans l’intérêt du touriste. Les conciergeries surtout ont le vent en poupe, sous la forme de “chatbots”. Mais, dans ce climat d’euphorie, où en sommes-nous vraiment dans un domaine complexe où les évolutions technologiques et les usages sont quotidiens mais où aucun modèle n’est encore probant. Pages 19/20