Touriscopie

MES TENDANCES POUR LE TOURISME EN 2018

RETOUR VERS LE VIVANT

par Josette Sicsic

IMGoiseau laurentDans un monde qui court après le futur, sans être capable dans de nombreux cas, de comprendre le présent, le terme de tendances ne veut plus dire grand chose. D’autant que celles-ci se multiplient en se copiant à l’infini : tendances marketing, tendances e.commerce, tendances réseaux sociaux… la prolifération de tendances en début d’année est devenue une tendance à elle toute seule ! Vais-je y succomber ? Fidèle aux observations que je mène depuis plus de 20 ans, la réponse est oui. Mais, les orientations que notre monde est en train de prendre et qui me préoccupent, n’ont rien à voir avec la progression de l’intelligence artificielle, la robotique, les déferlements de data, les commandes vocales… Certes, la dernière génération d’I.A est d’ores et déjà sur le point de modifier certains métiers. Certes, la réalité virtuelle nouvelle version est de plus en plus sophistiquée et capable d’investir l’ensemble des champs sensoriels, certes les nouveaux modes de paiement sont en train de se développer, dans un but unique : simplifier notre quotidien.

Mais, l’aspiration globale à la simplification et au confort auxquelles répondent ces technologies ne sont pas récentes. Plus récents quoique souvent imperceptibles sont les phénomènes suivants :

1 -La relation aux animaux se transforme

Premier point, la montée du véganisme, les effusions de colère contre la souffrance animale, les prises de position désormais systématiques pour l’animal maltraité contre les humains qui le maltraitent (dernier exemple : la mise à mort d’un tigre évadé d’un cirque) en disent long sur la nécessité de revoir l’ensemble de l’offre touristique exploitant des animaux, que ce soit dans les cirques, les zoos, les parcs aquatiques…

2 – La nature, un monde vivant : vers un nouvel animisme

Autre changement : grâce à l’intervention de nombreux scientifiques, le regard posé sur la nature se modifie. L’arbre en particulier devient un être vivant, éprouvant des émotions, des souffrances, capable de solidarité avec ses pairs… ( Lire : La vie secrète des arbres de Peter Wohlleben). De plus, quelques procès retentissants ont permis à des fleuves (en Nouvelle Zélande et en Inde) d’obtenir le statut de « personnalité juridique », ce qui leur permet de se constituer partie civile contre l’homme et ses agressions et d’obtenir gain de cause ! Face à un monde naturel qui pense, le tourisme pourra de moins en moins prendre ses aises sur des littoraux, des montagnes, au cœur de certains paysages…

LES IMAGINAIRES DU TOURISME EN MOUVEMENTS

 

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Janvier 2018. N°204

Comme beaucoup d’autres secteurs, le tourisme fonctionne sur des imaginaires individuels et collectifs qui ont enregistré des décennies de représentations souvent idéalisées, à partir desquelles naissent et grandissent “les envies du monde”. L’iconographie touristique est une réalité omniprésente. Elle fleurit sur les murs, les écrans, les pages des livres et des magazines… et s’inscrit dans nos mémoires, sous la forme de représentations plus ou moins conscientes, ce qui en fait la complexité.

La réalité des images touristiques est en effet beaucoup plus singulière qu’elle n’en a l’air. Comme le touriste dont nous évoquons la “complexité” depuis vingt ans et dont nous avons esquissé 57 portraits dans notre numéro 195, paru en décembre 2017, elle est composée d’images qui sont multiples, contradictoires, positives, négatives, réelles, fictives, exagérées, déformées… Il n’est donc pas aisé de faire un tri à partir duquel un voyagiste par exemple, pourra à coup sûr construire une stratégie de communication capable de séduire le plus grand nombre.

La partie est d’autant moins aisée que les imaginaires touristiques sont individuels. Chacun d’entre nous porte en lui des représentations issues de ses lectures, des films qu’il a vus, des pays dans lesquels il a déjà voyagé, de son environnement familial, son bagage intellectuel… qui ne peuvent pas facilement se catégoriser. Mais, il porte aussi en lui des représentations inhérentes à sa culture, donc de nature anthropologique : ce sont les images symboliques, lesquelles varient d’une civilisation à une autre. Un asiatique par exemple ne met pas dans la montagne ou dans la couleur blanche les mêmes valeurs symboliques qu’un Européen (voir : le dictionnaire des couleurs. Pages. 30/31). Pour compliquer le tout, ne négligeons pas le fait que ces images sont souvent inconscientes !