Touriscopie

LES IMAGINAIRES DU TOURISME EN MOUVEMENTS

 

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Janvier 2018. N°204

Comme beaucoup d’autres secteurs, le tourisme fonctionne sur des imaginaires individuels et collectifs qui ont enregistré des décennies de représentations souvent idéalisées, à partir desquelles naissent et grandissent “les envies du monde”. L’iconographie touristique est une réalité omniprésente. Elle fleurit sur les murs, les écrans, les pages des livres et des magazines… et s’inscrit dans nos mémoires, sous la forme de représentations plus ou moins conscientes, ce qui en fait la complexité.

La réalité des images touristiques est en effet beaucoup plus singulière qu’elle n’en a l’air. Comme le touriste dont nous évoquons la “complexité” depuis vingt ans et dont nous avons esquissé 57 portraits dans notre numéro 195, paru en décembre 2017, elle est composée d’images qui sont multiples, contradictoires, positives, négatives, réelles, fictives, exagérées, déformées… Il n’est donc pas aisé de faire un tri à partir duquel un voyagiste par exemple, pourra à coup sûr construire une stratégie de communication capable de séduire le plus grand nombre.

La partie est d’autant moins aisée que les imaginaires touristiques sont individuels. Chacun d’entre nous porte en lui des représentations issues de ses lectures, des films qu’il a vus, des pays dans lesquels il a déjà voyagé, de son environnement familial, son bagage intellectuel… qui ne peuvent pas facilement se catégoriser. Mais, il porte aussi en lui des représentations inhérentes à sa culture, donc de nature anthropologique : ce sont les images symboliques, lesquelles varient d’une civilisation à une autre. Un asiatique par exemple ne met pas dans la montagne ou dans la couleur blanche les mêmes valeurs symboliques qu’un Européen (voir : le dictionnaire des couleurs. Pages. 30/31). Pour compliquer le tout, ne négligeons pas le fait que ces images sont souvent inconscientes !

Or, selon Gaston Bachelard, “les images représentent une façon d’entrer en relation avec l’espace et la matière qui génère du sens, sans pour autant déterminer strictement des comportements et des configurations. Elles permettent aux individus et aux groupes de se représenter un lieu en tant que destination touristique appréhendable ; elles créent le désir, rendent un lieu attractif, contribuent à concrétiser un projet de voyage. De plus, ces images interviennent non seulement au moment du choix de la destination, mais également sur place”. Et, nul n’ignore que négatives, elles détournent le visiteur potentiel d’une destination ou d’un site !

Outre l’analyse spatiale de l’image, certains en analysent la temporalité. Un grand mot pour évoquer les évolutions, les métamorphoses, les ruptures qui peuvent se produire dans les imaginaires par le truchement de nouveaux phénomènes géopolitiques, économiques, sociologiques, technologiques bien entendu et, touristiques. Nul ne contestera que le TGV a modifié la représentation traditionnelle du train ou que le tourisme de masse, souvent évoqué et décrié, pénalise les représentations de certaines destinations comme Venise ou Barcelone. Mais, nul ne peut non plus réfuter le fait que les imaginaires concernant l’hôtellerie sont souvent dominés par le glamour des palaces…

Pour aborder ce sujet relativement classique finalement, nous avons donc choisi d’aborder ce thème à travers trois grands chapitres : les territoires, les transports, les accessoires. Et, dans chaque chapitre, nous nous sommes attachés à décrire trois types d’images qui se superposent dans les esprits :

Les images issues de la réalité historique, les images issues du symbolisme “officiel”, et les images issues de la modernité. Lesquelles, excepté les images symboliques souvent d’ailleurs inconscientes, ne sont pas fixes. Elles dépendent de la culture de chacun, de son environnement, de son âge et surtout du flot quotidien incessant de nouvelles images émanant de la publicité, des réseaux sociaux, du cinéma… qui se déversent en permanence dans notre cerveau et modifient les représentations avec plus ou moins d’intensité selon le sujet et sa réceptivité.

Certes, notre travail n’est pas exhaustif, les objets touristiques sont nombreux. On peut y ajouter les lunettes, les boussoles, les maillots, les bâtons de marche, les ballons, les bouées… les destinations sont multiples d’autant que de nouvelles voient le jour régulièrement. Comme une boîte au trésor, elle renferme des objets, des véhicules, des destinations, des territoires, des héros, des personnages ordinaires et extraordinaires, des sensations… Mais, contrairement au trésor contenu dans une boîte au trésor, les trésors de la mythologie touristique se transforment. Et, pas seulement en perles rares.

Beaucoup deviennent des bijoux de pacotille, au mieux des objets fantaisie dont l’imitation est parfaite. Au pire, ils deviennent de la verroterie bas de gamme dont les paillettes polluent les mers et les océans !

Sommaire N°204. A LIRE DANS LA VERSION PAPIER

Territoires : La mer : P.1, 2. Les îles : P.3 ,4. La montagne : P.5, 6. La campagne : P.7, 8. Le désert : P. 9,10. La ville : P.11, 12. Transports : L’avion : P.13, 14. Le train : P.15, 16. L’automobile : P.17, 18. La petite reine. P.19, 20. La route. P. 21, 22. Accessoires et lieux : Le guide. P. 23, 23. Les vêtements : P. 24, 25. Les bagages. P. 26, 27. L’hôtel. P. 28, 29. Annexes : La symbolique des couleurs. P.30, 31.