Touriscopie

QUAND ON S’APPROCHE TROP PRES DU SOLEIL

N°208. Août 2018

La chute d'Icare. H. MatisseD’un point de vue purement touristique, l’été 2018 n’est pas encore en mesure d’afficher ses performances. D’autant que la saison estivale a tendance à s’allonger au delà de la mi août. Malgré quelques articles publiés en presse régionale signalant des baisses de fréquentation, comme en Nouvelle Aquitaine par exemple, les comptes de l’été ne sont pas faits. Certes, d’aucuns auront évoqué le départ plus massif des Français à l’étranger. Ce qui est sans doute exact et devait bien finir par arriver, compte tenu des modestes tarifs affichés par l’aérien à bas-coût face à ceux excessifs du ferroviaire. Retour en grâce de la Tunisie, de l’Égypte ? Sans aucun doute. Parmi une actualité répétitive diffusée à peine transformée d’un média à l’autre, le secteur touristique a surtout offert à la presse le “dark side” de son fonctionnement à travers les turbulences sociales de Ryanair. Une compagnie dont les grèves et les annulations de vol assorties du refus du Pdg d’indemniser les clients lésés (au point d’être attaquée par Flightright) a non seulement cloué au sol bien des vacanciers mais a démontré les limites de l’économie low-cost, qu’il faudra suivre d’autant plus près qu’elle s’attaque aux longs courriers. Dans la foulée, le feuilleton Air France a continué d’égrener ses épisodes devant un public lassé par l’incapacité de sa compagnie nationale à s’adapter à une nouvelle donne. Bien entendu, Airbnb a aussi et surtout eu la vedette. Non seulement en tant que victime mais en tant que bourreau. Victime d’interdictions et de régulations jugées draconiennes, la plateforme californienne à la réussite indéniable fait ainsi l’objet d’une promotion continue, intensive et gratuite. Mais, l’on parle peu de sa nouvelle stratégie, à notre avis l’information la plus pertinente, consistant à louer des apparthôtels de la compagnie Niido, sous la marque Airbnb. Dix-neuf projets seront finalisés en 2019.

Parmi une multitude d’articles cartes postales vantant les atouts d’une micro région ou des saveurs de tables locales, la lutte contre le tourisme de masse, baptisé “surtourisme” ou “overtourism” a pour sa part bien commencé sa carrière médiatique estivale. D’autant que des mesures plus ou moins spectaculaires prises par des capitales saturées comme Amsterdam, Barcelone, Venise, Mallorque… permettaient de publier des articles à la fois cohérents par rapport à l’été 2017 et informatifs, sans pour autant avoir la même tonalité polémique. Mais, alors que l’an dernier, l’attentat de Barcelone a remis le terrorisme à la une, cet été, un nouvel ennemi inattendu a été mis en selle et a créé la surprise. C’est la canicule. Les poussées de mercure transformant une partie du monde et de la France en fournaise ont brutalement obligé les médias à inviter les climatologues à prendre la parole. Ce qui nous a permis de découvrir l’ampleur d’une catastrophe pourtant annoncée depuis longtemps mais que nous avons eu tendance à minimiser. Désormais, mise en situation, l’opinion a pris conscience du danger. Les villes surtout, très affectées par le phénomène caniculaire ont du faire face à un nouvel état d’urgence impliquant les populations résidentes mais aussi touristiques. Le changement climatique est là. A trop vouloir s’approcher du soleil, nous aurons bel et bien les ailes brûlées et ne pourrons peut-être même plus retomber dans la mer !

Josette Sicsic

Sommaire N°208. Juillet/Août 2018

– Alerte : le tourisme urbain à l’épreuve des canicules. P. 1 et 2.

– Alerte : les nuisances sonores sur la sellette. P. 3,4,5.

– Alerte : la croisière n’est pas innocente. P.6

– Tendances : les étoiles s’organisent. P. 7,8

– Tendances : l’entre soi du tourisme religieux menace. P. 9,10

– Comportements : les ajustements budgétaires. P. 11,12

– Stratégie : les batailles du soft-power chinois. P. 13,14

– Futur : Les spatialités n’en finissent pas d’évoluer. P. 15,16

– Futur : le génie des lieux doit-il être repensé ? P. 17,18

Photo : La chute d’Icare. H. Matisse