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HALTE AU TOURISME « BASHING »

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COMMENT RÉ ENCHANTER LE MONDE

Septembre/ Octobre 2018

 

D’une conférence à l’autre, d’un congrès à l’autre, d’un salon à un autre salon, le même thème est résolument rabâché. Après des années d’indifférence au phénomène, le “surtourisme” ou “l’overtourisme” ( au choix), alimentent les débats des professionnels de tous les secteurs du tourisme. Pour autant, le constat trop généraliste reste superficiel, la remise en question très limitée, tandis que les solutions peinent à être esquissées. D’autant qu’elles ne sont pas modélisables. D’une ville à l’autre, d’un territoire à l’autre, les problématiques sont trop différentes pour générer des remèdes identiques. Mauvaise nouvelle ? Non. L’étude de situations concrètes originales ne peut que faire avancer les choses dans la direction adaptée à chaque cas particulier. Ici, il s’agit d’ en finir avec la promotion pour éviter des flux supplémentaires. Là, il convient de réduire les liaisons aériennes, la bas, il faudrait créer des itinéraires de diversion, encore plus loin, c’est le développement du tourisme d’affaires au détriment du tourisme d’agrément qui doit être privilégié… Dans un massif de montagne célèbre enfin, mieux vaudrait, semble-t-il, contingenter le nombre de visiteurs ! En somme, on pourrait enfin se décider à changer de stratégies commerciales afin de privilégier la qualité au nombre.

Mais, en attendant, on pourrait peut-être aussi en profiter pour atténuer le flot d’invectives qui, on l’a déjà dit, est devenu le fonds de commerce de nombreux médias bien décidés à se lancer dans une sorte de “tourisme bashing” à coups d’images fortes sans chercher à comprendre le fond du problème. Les clichés faciles et spectaculaires de foules sans scrupules piétinant le pont du Rialto, les lamentos de certaines populations locales lassées par les clameurs de jeunes touristes en état d’ébriété… constituent une imagerie désormais indissociable de l’imagerie touristique. Bien à tort.

En effet, au lieu de cautionner des discours souvent biaisés, les professionnels du tourisme pourraient prendre à coeur de rappeler d’une part que le phénomène n’est pas récent : Pierre Loti et Théophile Gautier n’étaient-ils pas exaspérés par un surplus de touristes lors de leurs voyages en Orient vers le milieu du dix-neuvième siècle ? Le touriste, on l’a déjà dit, est toujours en trop !

Il conviendrait donc de rappeler que les qualités de l’industrie touristique et ses capacités à ne pas succomber aux seules sirènes du libéralisme. Si sa dimension économique est importante, il conviendrait de de souligner et d’insister sur le fait que l’activité touristique valorise un territoire, rend une population fière d’elle même et de sa ville, sa rue, sa région. De plus, comme le soulignaient des Parisiens interviewés dans certains quartiers de la capitale, le touriste est capable de véhiculer des valeurs immatérielles essentielles à la cohésion d’un territoire : “les touristes détendent l’atmosphère”, “leur présence donne un air de vacances à la ville”, “on a l’impression que le monde vient à nous ”…De petites phrases cachant de grands discours !

En bref, toutes ces valises à roulettes qui dégringolent les escaliers d’un métro, ces jeunes qui parlent dans des langues inconnues mais sont reliés aux mêmes réseaux sociaux, ces “selfies” et ces millions de clichés qui cherchent à immortaliser un site en enrichissant des fabriques illimitées de souvenirs… ne sont-ils pas les meilleurs agents d’une entreprise de ré enchantement du monde !

Plus que n’importe quel autre secteur, l’industrie touristique a pour vocation de préserver et d’enjoliver l’environnement. Elle a pour vocation de vendre du plaisir. Elle se doit donc de ne pas faire oublier qu’elle en est capable et que, sans elle, des pans entiers du monde, seraient peut-être à l’abandon. Certes, cela plairait au “grand” voyageur ! Mais, ce personnage caricatural pour lequel les puristes semblent vouloir défendre le monde contre le tourisme de masse, a-t-il vraiment besoin des seules terra incognita que le monde peut encore lui offrir ? Il a sans doute aussi besoin de trains à grande vitesse, d’avions, de GPS et autres écrans de smartphones pour découvrir un monde qui a encore beaucoup à offrir. Le sujet, on le voit, est complexe et n’a pas fini de générer des débats. Nous y reviendrons.

   Josette Sicsic

Sommaire N° 209-210

– Tendances : Happycratie, la tyrannie du bonheur et ses risques de dérives. Pages 1 et 2

– Tendances : Le bonheur en France : la France a-t-elle un bonheur à vendre ? Pages 3 et 4

– Tendances : L’Asie au cÅ“ur du tourisme médical. Pages 5 et 6

– Comportements : Particularismes alimentaires : le nouveau casse tête des restaurateurs. Pages 7,8,9,10

– Alerte. Les effets indésirables des réseaux sociaux : Instagram en ligne de mire. Pages 11,12

– Marchés. Au bonheur des petits. Pages 13 et 14

– Marchés : Les petits Chinois en plein changement. Pages 15 et 16

– Futur. Tourisme social et solidaire : La note optimiste vient d’Amérique latine. Pages 17 et 18

– Futur : Les licornes s’affrontent : Booking, Expedia, Alibaba