Touriscopie

Entre progrès et innovation

e dernier baromètre de Raffour Interactif, le dix septième du genre apporte plutôt une bonne nouvelle que la presse en chœur a reprise. En 2018, nos compatriotes de 15 ans et plus ont été 66% à partir en longs et courts séjours marchands et en longs séjours non marchands. Ce sont deux points de plus qu’en 2017. Si l’on considère les courts séjours marchands, on est à 38% de départs contre 33% en 2017 et 26% en 2010. Une avancée indéniable. Les longs séjours marchands pour leur part reculent de 1% avec 40% de taux de départs l’an dernier. Mais, en 2010, ce taux s’établissait seulement à 34%. Tout donne donc à penser que le progrès social que constitue le départ en vacances est bien au rendez-vous. L’est-il vraiment ? Deux tiers des Français pouvant s’offrir des vacances, c’est encore un tiers d’entre eux qui n’accède pas à ce que Guy Raffour nomme un « besoin vital ». Sans aller jusque là, il est clair que la possibilité de pouvoir rompre avec ses activités quotidiennes constitue un échappatoire indispensable à nos sociétés contemporaines engagées dans une course vibrionnaire au mieux-être. Mais, il est moins certain que l’on puisse parler de « progrès » au sens premier du terme, c’est à dire  « le fait d’avancer vers un but idéal ».
Dans les années cinquante, de nombreux phénomènes (notamment la prospérité et la paix retrouvées) ont permis de créer des équipements touristiques qui ont favorisé le progrès social. Ce fut le cas des Gîtes de France, des villages de vacances du tourisme associatif, du Club Méditerranée, du développement des sports d’hiver, de la troisième semaine de vacances puis de la quatrième, de la démocratisation de l’automobile et de l’aérien qui, chacun à leur façon ont apporté un « mieux » non seulement aux partants mais à l’ensemble de la société. Alors qu’aujourd’hui, tandis que le volume des partants n’atteint toujours pas des scores mirobolants, la notion de progrès a été remplacée par celle d’innovation. Un terme qui ne signifie pas du tout la même chose…

« L’innovation c’est « l’action d’introduire une chose nouvelle ». Or, la nouveauté n’est pas forcément une avancée. Dans le secteur touristique comme dans tant d’autres. Surtout quand l’innovation n’est que technologique et permet seulement de payer plus rapidement ou de réserver son billet d’avion sur des écrans. Avez-vous remarqué l’état de plus en plus stressant dans lequel les passagers de l’aérien sont obligés de voyager pour satisfaire aux exigences financières des actionnaires des compagnies aériennes ? Avez vous observé la clientèle de certains séjours en clubs obligée de subir nuisances sonores, restauration approximative et phénomènes de masse ? Ou celle de touristes contraints de piétiner dans des zones touristiques saturées affichant pourtant des tarifs élevés ? Le tourisme à deux vitesses est devenu la norme. Et, ce ne sont pas les innovations en matière « d’expérience clients » qui changeront la donne ! Ce n’est pas l’exploitation des big data, le marketing intuitif, le marketing prévisionnel qui, croyant mettre chaque touriste, dans le tiroir qui lui convient, vont contribuer à améliorer son monde et le monde ! 

Regardons clairement ce qui se passe : au Japon, un hôtel entièrement robotisé jette l’éponge et, pire, en Chine, la surveillance généralisée de la population par plus de 150 caméras de surveillance combinée à la collecte des données récupérées sur WeChat ont entraîné la création d’un système de notations ayant permis aux tribunaux chinois d’empêcher 17,5 millions de personnes d’acheter des billets d’avion. Enregistrés sur des listes noires, d’autres citoyens ont été empêchés d’acquérir 5,5 millions de tickets de train. « Once discredited, limited everywhere » affirme le slogan des autorités chinoises chargées d’espionner dans tous leurs gestes et comportements de la vie quotidienne, les citoyens de l’Empire du Milieu.

Juste envie d’être bien !

Autres constat s: on meurt de plus en plus à cause de la pollution urbaine. L’usage des pesticides rend la campagne irrespirable et tue aussi les plus fragiles, les glaciers fondent, le plastique empoisonne les poissons et nous par voie de conséquences et les dépressions augmentent. Alors que nous avons tout simplement besoin de nous divertir, de reprendre nos jeux de cartes de jeu et nos trottinettes. Quand on observe de plus près les hommes et les femmes et que l’on déconstruit le système de normalisation que nous sommes en train de nous imposer, les fondamentaux reprennent le dessus. Ce qui nous évitera d’être nostalgiques d’un bon vieux temps qui n’est pas aussi mort qu’on le dit. Lire pages 1, 2,3,4

SOMMAIRE N°214. Mars 2019

Veille-comportements : L’homo ludens se porte bien. Les jeux de société continuent de passionner leur public.                   

Veille-comportements  : Notre cœur ira vers le nord.                     

Veille-produits : La montagne joue le fun à tout prix.                   
Veille-produits  : Les festivals de musique se mondialisent.                            

Veille marchés : Les idées à revoir sur la génération Y.                          

Veille Marchés : Quand l’Asie vieillit                     

Veille-stratégies : Les architectes réinventent l’oenotourisme                            Veille stratégies : La course vers l’hégémonie