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NE TIREZ PAS SUR LE TOURISTE

TOURISCOPIE N°175. Avril 2015

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Dans cette guerre invisible et totalement inégale où, d’un côté on trouve des combattants qui ont peur de mourir alors que, de l’autre se situent des martyres cherchant la mort, certaines cibles sont devenues plus faciles que d’autres. Lesquelles ? En l’occurrence, les touristes. On l’aura remarqué : depuis que des barbares illuminés ont décidé de s’en prendre à l’occident et à tout ce qui touche à la civilisation, le milliard d’humains qui a choisi de se déplacer à travers la planète, n’est pas épargné.  Mais, pourquoi donc ?

Il convient sans doute de préciser que le touriste en visite dans n’importe quel pays du monde, et sur n’importe quel territoire, a deux qualités qui en font les défauts : il est d’une part plus décontracté que dans son quotidien, d’autre part, il est peu informé sur la situation économique et politique du pays qu’il visite. Proie facile, il est aussi et surtout une proie symbolique synthétisant tous les supposés défauts de l’Occident. Tirer sur un touriste, c’est tirer sur un mode de vie et un modèle de développement en passe de se propager sur l’ensemble des continents mais jugé iconoclaste et immoral. Tirer sur un touriste, c’est tirer sur celui qui cherche à découvrir des cultures anciennes et à percer les mystères de l’histoire des autres peuples… Or, au royaume de la barbarie, l’altérité n’a pas droit de cité. L’autre est un ennemi.

 

LE MONOPOLE DU NUMERIQUE

TOURISCOPIE. N° 176. Février-Mars 2015

telephonneActualité touristique et actualité numérique semblent être devenues synonymes. Compte tenu du flot d’initiatives des géants du Net et des milliers de petites start-up qui, non seulement conçoivent des nouveautés mais savent habilement s’auto promouvoir via des publications de sondages n’ayant aucune valeur statistique, des photos ou des vidéo pseudo humoristiques… On en arrive à se demander si l’industrie touristique est devenue autre chose qu’une machine à produire des services et des gadgets dont certains sont de plus en plus pointus quand d’autres n’ont aucune viabilité. Devant les success story de certains, il est vrai que la presse complice, n’en finit pas de leur consacrer ses unes et des enquêtes plus ou moins fouillées : le patron d’Uber, malgré ses soucis juridiques a droit à 6 pages de La Tribune, quand le Pdg d’Airbnb, Brian Chesky, se voit dérouler le tapis rouge de la mairie de Paris et accueillir comme une rock star, alors qu’officiellement les élus parisiens sont en conflit avec le site !

Autres exemples : quand Booking.com fait une conférence de presse pour annoncer la création de « Booking now » son nouveau service de recherche d’hébergement de dernière minute et, voilà l’ennemi Numéro 1 des hôteliers sur médiatisé. De quoi faire oublier qu’Accor, le géant de l’hôtellerie a attaqué le site de réservation !

Quand Air-France lance un service de « gamification » au départ de deux aéroports asiatiques, ce jeu fait plus de bruit que la montée en puissance de trois nouvelles compagnies low-cost. Et, pourtant, le gadget n’a concerné que 400 personnes !

On oublie également volontiers les destinations qui émergent de la carte touristique tandis que des tour-opérateurs de qualité comme Donatello mettent la clé sous la porte et que le groupe Pierre &Vacances parvient contre vents et marées à ouvrir un nouveau Center-Parcs dans la Vienne. Un investissement de 300 millions d’euros tout de même à l’heure où l’investissement touristique est en berne !

 

L’ETAT DU MONDE EN QUESTION

TOURISCOPIE; N°172-17.  Novembre 2014

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  • Pour rester sur l’écume de l’information touristique, notons par exemple qu’Amazon s’apprête à se lancer dans la réservation d’hébergements touristiques. Ce qui va plaire aux responsables des OTA ! Notons aussi qu’avec 64,8 millions de passagers, easyJet réalise en 2014, une progression de 13,1% de son bénéfice net, qui s’est établi à 450 millions de livres contre 398 millions de livres il y a un an. Voilà de quoi plaire à Air France !Remarquons encore qu’Airbnb s’apprête à lancer un magazine en papier de 128 pages : Pineapple. Une bonne nouvelle pour la presse touristique traditionnelle ! Mais, comme il y a une justice, Airbnb commence à être victime de hackers capables de publier de fausses offres et de détourner les clients vers des sites clandestins pour leur dérober leurs informations bancaires !Pourquoi ne pas noter encore que, dans leur dernier baromètre, la Fevad et Mediamétrie ont révélé que seuls 19% des Français ont l’intention de partir en vacances pendant les fêtes de fin d’année. Lesquels resteront à 79% en France et ne seront que 31% à réserver leurs vacances auprès d’un professionnel.
  • Autre exemple, remarquons que les touristes chinois consomment de plus en plus en Allemagne. Une destination qui, de toutes façons, monte en puissance, avec une progression annuelle régulière de 5% de ses nuitées. Notamment en provenance des pays du Golfe dont les nuitées s’élèvent à 1,3 millions !De son côté, dans l’actualité généraliste, ce sont certainement les performances du petit robot Philae qui ont le plus émerveillé l’humanité tandis que la barbarie de la guerre 14 rappelée à grand coup de commémorations l’a tout autant épouvantée que les exactions actuelles des djihadistes en Syrie ou celle des narcotrafiquants mexicains. Une violence enfin commentée par la presse européenne, après la disparition de 43 jeunes étudiants.
  • Dans tous les domaines, notre époque veut que les informations se bousculent et que l’état d’urgence ne se lève jamais. Les médias doivent publier des nouvelles et les lecteurs doivent les absorber le plus vite possible. Quitte, dans le meilleur des cas, à n’en retenir que la surface. Quitte, dans le moins bon des cas, à les déformer.… Mais pire, au delà de l’information, il y a la « rumeur » qui dit n’importe souvent quoi mais se répand à la vitesse du Web et à celle du déficit de mémoire qu’affiche l’opinion. Ainsi, la rumeur veut que le monde d’aujourd’hui aille mal. Certes, il ne va pas bien. Mais, va-t-il plus mal qu’hier ? Est-il donc plus dangereux pour le touriste ? Et quels pays précisément sont aujourd’hui les plus menaçants ?Au milieu du tumulte médiatique, nous nous sommes penchés sur les 40 dernières années de l’histoire géopolitique de la planète, afin de vérifier si la nostalgie du monde d’hier était fondée. Et qu’avons nous découvert ? Que nous vivions bel et bien au cœur d’une caverne hantée par des ombres.

LE MEMORIAL ACTe AU SECOURS DES ANTILLES

TOURISCOPIE. N° 171. Octobre 2014

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Le chantier du Mémorial ACTe, sur le site d’une ancienne usine de Point à Pitre a beau prendre du retard, il n’en finira pas moins, d’ici plusieurs mois, par donner enfin aux Antilles françaises, un lieu de mémoire. Plus de cent soixante ans après l’abolition de l’esclavage – en 1848- et quelques années après la reconnaissance de ce terrible moment de l’histoire comme crime contre l’humanité, il était grand temps que la Caraïbe dispose enfin d’un lieu capable de rappeler au monde son passé et capable de donner à sa population des clés pour le comprendre.

Car, au delà de la Guadeloupe, ce sont toutes les îles de la mer Caraïbe qui sont concernées par le futur bâtiment de 2500 mètres carrés, composé de salles d’exposition et d’auditoriums, voulue par la région française et enfin en passe d’ouvrir ses portes.

Depuis la période méconnue des Amérindiens, odieusement décimés par la conquête espagnole puis européenne en général, jusqu’à la main mise des puissances occidentales sur les îles de l’arc caraïbe, en passant par deux siècles de commerce triangulaire et des migrations économiques en provenance des Indes… il est vrai que la région n’a pas eu la vie facile. Et quand bien même, le vingtième siècle l’a délivrée en partie des jougs occidentaux pour transformer la majeure partie des îles en états indépendants et démocratiques, n’ont-elles pas été pour la plupart d’entre elles, livrées à d’autres occupants : les touristes nord américains et européens, en quête de soleil et de farniente et les financiers de toute origine à la recherche de paradis fiscaux ?

LES ETES SE SUIVENT ET SE RESSEMBLENT

TOURISCOPIE. N° 170. Août 2014

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Alors que le soleil semble enfin décidé à réchauffer la France et les vacanciers de septembre, le tourisme hexagonal fait déjà grise mine, évoquant le délitement des dépenses estivales, la baisse endémique de fréquentation, le mauvais temps et autres phénomènes désormais plus structurels que conjoncturels.

D’un été à l’autre, depuis 2008, l’humeur des Français varie peu. Pourtant, cet été aura été marqué par quelques drames inhabituels : un nouveau crash aérien pour la Malaysian Airlines et un autre pour Air Algérie, démontrant que la loi des séries n’est pas qu’une vue de l’esprit. Et puis, il a été marqué par plusieurs conflits armés dont l’un a déstabilisé le tourisme d’un Proche Orient déja bien mis à mal par la guerre syrienne et, désormais, par des velléités de création d’un nouveau califat ! Horreurs et violence également dans l’est de l’Ukraine, aux conséquences humaines, diplomatiques et touristiques inévitables. Œil pour œil, dent pour dent : aux sanctions économiques occidentales, les touristes russes répondent par une désertion de nos destinations. Mauvais vent encore en Afrique, avec l’épidémie non conjurée d’une maladie infectieuse fatale… Et, en pleine Méditerranée, avec ces drames permanents de l’immigration clandestine  tuant tous les ans, des milliers d’Africains…

LA FRANCE EN LIGNE DE MIRE

TOURISCOPIE. N°168. Juin 2014

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Mais quelle mouche a bien piqué les Français pour qu’ils redeviennent une nouvelle fois l’objet de la consternation internationale ? A peine douze ans après un sinistre 22 avril, la France fait la une de la presse planétaire avec chaque fois les mêmes titres cataclysmiques : séisme, « terremoto ». Même les Britanniques, pourtant peu exemplaires, sont moins malmenés que l’Hexagone par la stigmatisation généralisée à laquelle s’adonnent les médias des pays démocratiques. Et tout cela, à la veille des vacances d’été, alors que notre pays déploie des trésors de créativité et d’adresse pour accueillir des millions de touristes internationaux.

Et tout cela, en même temps que les commémorations fort réussies du D. Day. Formidable expérience de réconciliation après le désastre de la dernière guerre, le soixante-dixième anniversaire du Jour le plus long et toute la médiatisation qui en a été faite, ont constitué l’un des moments forts de la vie des nations, celui où « l’histoire rappelée aux hommes pourrait leur éviter de la revivre ».

Décidément, la politique est loin d’être exemplaire et les citoyens que nous sommes aussi. Malheureusement, d’autres états enregistrent des égarements nationalistes alarmistes qui ne sont guère réjouissants. C’est le cas de l’Inde surtout où « un autocrate extrémiste attise les haines » comme l’écrit un journaliste du Guardian. La Hongrie et son premier ministre populiste n’est pas très rassurante non plus.

Que penser par ailleurs des atermoiements des Maldives en passe de rétablir la peine de mort y compris pour des enfants de 7 ans et du Brunei qui rétablit tout simplement la charia ?

CHINESE FRIENDLY !

TOURISCOPIE. N° 167. Avril-mai 2014

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Quand un ministre des affaires étrangères se lève tôt le matin pour aller saluer, des touristes en provenance de Chine, l’événement revêt une certaine importance. D’autant que, non content d’avoir accueilli ces « golden touristes », Laurent Fabius a égrené quelques conseils sur la signalétique, les traductions des panneaux d’affichage et autres petites améliorations indispensables à la stratégie d’accueil d’un aéroport international de l’envergure de Roissy-Charles-de-Gaulle.

 La visite du ministre est d’ailleurs passée tellement peu inaperçue que, lors de sa prestation sur le 7/9 de France Inter du lundi 5 mai, l’humoriste de service, a fait son billet sur les mérites comparés du ministère du Temps libre des années Mitterrand, dirigé par André Henri, et celui d’aujourd’hui. Autres temps, autres mœurs. Alors que les années quatre-vingt traitaient le tourisme, sous l’angle du temps libre et de l’épanouissement personnel, celui d’aujourd’hui le traite comme un secteur économique à part entière.

 Enfin, un peu de considération ! Enfin, le tourisme semble entrer par la grande porte dans le gouvernement et, dans l’estime des médias soudain conscients des capacités d’une industrie qu’ils avaient longtemps, eux-aussi, considérée comme un amusement, une accumulation de cartes postales, un moment de détente ?

AU DELA DE LA GRANDE HISTOIRE

TOURISCOPIE. N° 166. MARS 2014

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  Les tout récents grands événements ayant marqué l’actualité sont plus éloquents qu’ils n’y paraissent. Pour qui sait lire entre les lignes, l’annexion de la Crimée par un président russe sans scrupules démontre que la carte du monde n’est pas aussi stable qu’on ne les croie et que les institutions internationales n’effraient pas grand monde. Elle nous dit cependant aussi que la Crimée, Côte d’Azur de l’ex. Union Soviétique, est peut être prête à renouer avec sa vocation touristique historique… Mais, mauvaise nouvelle, les mesures de rétorsion de l’U.E contre la Russie pourraient priver bien des destinations de leurs touristes russes…

Quant à la disparition d’un avion et de ses 250 passagers, elle nous apprend que bien que l’on soit traqué par les puces de nos téléphones portables et cartes de crédit, nous n’en sommes pas moins susceptibles de nous faire happer par de mystérieux trous noirs… Elle nous dit aussi que des touristes chinois visitent désormais massivement la Malaisie. Laquelle multiplie ses efforts promotionnels vis à vis de ce marché. Mais désormais, les choses seront sans doute plus compliquées.

Dans un autre genre, la mise en place d’une journée de circulation alternée afin de lutter, avec retard certes, contre les micro particules d’une pollution atmosphérique endémique, en dit beaucoup sur les menaces environnementales sur la santé publique. En filigrane, cette mesure soulève les problèmes d’une capitale en proie à une circulation abusive à laquelle les autobus de tourisme ne se privent pas de contribuer. On le redécouvre ! Tandis que les touristes se voient confrontés à un nouveau danger. Les émeutes qui secouent Istanbul et ont secoué Bangkok sont aussi les signaux perpétuellement au rouge émis par des destinations au fort potentiel touristique mais dans lesquelles la démocratie peine à s’installer… Doit-on les fréquenter ?

LES CONTRADICTIONS TOURISTIQUES

 TOURISCOPIE. N° 164. Février 2014

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Tous les jours amènent un lot d’informations qu’il n’est pas toujours aisé de trier, de mémoriser, d’analyser. D’autant que, pour être performant dans un secteur comme le tourisme, mieux vaut avoir les yeux et les oreilles connectés à de nombreux domaines d’activités et de recherche qui, chacun à leur façon ont une incidence sur les évolutions à venir.

Alors que les professionnels de toutes les régions débattent du futur d’une industrie enfin reconnue comme prioritaire et, que l’on attend que des Assises nationales synthétisent les travaux des uns et des autres, plusieurs informations se détachent du lot et, sans compromettre l’avenir radieux des déplacements nationaux et internationaux, méritent que l’on s’y attarde.

D’une part, tout le monde a bien retenu que tous les ans, le tourisme international connaissait une croissance de l’ordre de 5%. Le seul tourisme asiatique explose à tel point que des destinations comme la Thaïlande par exemple affiche des progressions de l’ordre de 40% sur certains marchés de proximité. Paris, pour sa part, voit progresser de 8% sa fréquentation internationale, le trimestre dernier. Une bonne nouvelle pour les Grands magasins et l’hôtellerie dont les taux d’occupation frolent les 80%.

Mais, est-on équipés pour accueillir tant de monde en aussi peu de temps ? Une question valable pour l’ensemble de la planète, d’autant que les effets pervers de l’activité touristique sont connus, notamment sur le plan environnemental et sur celui de la cohabitation entre touristes et résidents permanents.

Par ailleurs, pour en revenir à l’Europe, comment passer sous silence le vote de la Suisse surtout cette enquête Ipsos/Le Monde publiée début janvier, selon laquelle le niveau de défiance des Français à l’égard d’autrui ou du monde extérieur a atteint un niveau inégalé.

Pour 79% d’entre nous, « on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres » tandis que 58% estiment que la France doit se protéger davantage du monde d’aujourd’hui. Pire, cette enquête confirme l’hostilité parfois massive à l’égard des étrangers : 66% des Français sont d’accord avec l’idée selon laquelle il y a trop d’étrangers en France. 47% pensent que pour réduire le nombre de chômeurs en France, il faut réduire le nombre d’immigrés. Bien qu’en recul, le rejet de l’Islam est toujours majoritaire…

 Et, nous voulons accueillir le monde et nous voulons nous faire reconnaître comme la première destination touristique internationale !  Oui. Nous le voulons. Et nous voulons bien faire les choses comme le signale cette dernière initiative de 19 grandes entreprises touristiques et, non des moindres, réunies sous la houlette de Gérard Brémond, Pdg du Groupe Pierre et Vacances, dans une entité baptisée Alliance 46.2. Club ouvert à d’autres bonnes volontés, Alliance 46.2 devrait bientôt présenter ses initiatives. Puissent-elles ne pas se cantonner sur un plan purement économique, aussi essentiel soit-il !

 

TOURISME ET GEOPOLITIQUE

 TOURISCOPIE. N° 161. Octobre 2013.

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Il est des époques plus excitantes mais plus difficiles à vivre que d’autres. En panne de progrès économiques et en partie de progrès sociaux, l’humanité se débat entre « un monde d’hier qui n’est plus et un monde de demain qui n’est pas encore ».

Dans bien des secteurs, c’en est fini des modèles de l’après guerre qui, en pleines Trente Glorieuses, permettaient à l’industrie de tourner, aux salariés de travailler, à la consommation d’enrichir le bien-être quotidien des Occidentaux. Mais, rares sont les nouveaux modèles capables de prendre le relais.

Pulvérisée par la révolution technologique, la distribution touristique traditionnelle compte parmi ses principales victimes. Un à un, les agents de voyages perdent de leurs clients qui, plus jeunes et plus technophiles, s’en remettent aux portails géants, pour dénicher les vacances idéales. L’intermédiation n’est plus ce qu’elle était : plusieurs milliers de postes ont disparu en quelques années, ce qui n’a rien d’étonnant quand on sait que des milliers de sites et de blogs se sont créés pour déverser leurs flots d’informations et photos sur les écrans des internautes.

Le tour opérateur semble aussi menacé par ces mêmes internautes experts qui fabriquent eux-mêmes leurs packages, y compris leurs circuits et se dispensent d’utiliser leurs services. Parfois au profit des agences réceptives locales contactées directement. Souvent pour leur propre profit. Autre souci, que pèsent la France et ses maigres clients face aux énormes flux de clientèles que représentent sur certaines destinations : les Russes, les Asiatiques et bientôt sans doute une grande partie des Latino Américains ?

Il est clair que, dans le petit monde du tour-operating, les choses ne tournent plus rond. Quant à la presse spécialisée, ne subit-elle pas les conséquences de ces bouleversements ? Encore un modèle économique défini après guerre dans lequel la publicité payait l’information, qui ne tient plus la route. Aujourd’hui, la publicité se fait rare, surtout sur le papier et, les écrans raflent la mise.

Quelles solutions proposer ? Pour Jean Pierre Nadir, le directeur et fondateur d’Easy Voyages par exemple, il semblerait que l’une des pistes les plus porteuses à explorer réside dans des sites internet capables de fabriquer des voyages sur mesure à l’intention d’internautes de plus en plus demandeurs de sophistication et de sur mesure. Le site vendant packages standard, vols secs et nuits d’hôtel est, selon lui, d’ores et déjà en retard par rapport aux attentes.

Une opinion partagée par beaucoup

Certes, quelques expériences sont faites. Mais, elles sont le fait de petites start up aux moyens limités. S’il va de soi que le développement de l’industrie touristique passe par la technologie, il n’est cependant pas sûr qu’il ne passe que par la technologie. Bien des problèmes sont en effet encore à résoudre. Notamment, dans celui des relations entre populations. L’actualité nous le répète régulièrement : est-il tolérable de laisser s’abîmer dans la Méditerranée des centaines d’Africains en quête du rêve européen alors que les Européens sont suppliés par des ministres du Tourisme aux abois de venir bronzer sous le soleil africain ? L’innovation dont on continue à trop parler dans un monde qui « parle souvent pour ne rien faire » est sans doute aussi à chercher dans les créneaux vacants d’une géopolitique en panne chronique de solutions…

 

LA RENTREE DE TOUS LES POSSIBLES

TOURISCOPIE. N° 160. Août 2013

IMG 1549Cet été, les Français ont mis en tête des hit parades des libraires deux ouvrages philosophiques. L’un sur Montaigne « Un été avec Montaigne », l’autre sur la possibilité de vivre dans une société non commerciale : « La sobriété heureuse » de Pierre Rabhi… La course au bonheur n’en finit donc pas de mobiliser nos contemporains.

D’ailleurs les magazines profitent eux aussi du phénomène pour nous aider à donner un sens à nos existences.

A coups d’exégèses sur les sagesses antiques grecques et asiatiques et sur les philosophes des siècles derniers, ils tentent de nous démontrer que le bonheur, cette « idée neuve » à l’époque révolutionnaire est aujourd’hui devenu indissociable de nos existences. Ne serait-il même pas devenu obligatoire ?

Certes, il est de bon ton de prôner à la façon de Michel Onfray, l’hédonisme dérivé de la pensée d’Epicure qui, malgré la disparition de l’essentiel de ses écrits, a tenté de délivrer l’Occident de la peur de la mort et l’esprit de ses désirs inutiles. Le tout pour atteindre la fameuse « ataraxie » !

Le stoïcisme a également toujours ses adeptes et Sénèque tout comme Lucrèce continue de prôner la vertu comme arme contre le malheur… Alors que, plus moderne, le sociologue allemand Hartmut Rosa préconise de se remettre « en résonance » avec un monde mis à mal par la modernité…

 

TOURISME EN MOUVEMENT

TOURISCOPIE N° 159. Juin 2013

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Les Chinois ont probablement abordé le continent américain dès 1410, donc bien avant Christophe Colomb. Mais, à cette époque l’empire du Milieu n’avait pas de visées hégémoniques. Refermés sur eux-mêmes, les Chinois ont plutôt eu à cœur d’édifier d’immenses barrières capables de protéger des intrusions extérieures leur grande civilisation.

Cinq siècles plus tard, ce peuple industrieux malmené par guerres et révolutions, soumis alternativement aux lois du libéralisme puis à celle du collectivisme un petit Livre rouge à la main, n’a plus les mêmes égards et le même regard sur le monde extérieur.

Réveillée, la Chine se livre non pas à un colonialisme porteur de civilisation comme il en fut il y a deux siècles, mais à un colonialisme économique dont elle n’exclut ni l’industrie du transport ni celle du tourisme, ni même celle du vin… Trois grands crus du Bordelais viennent encore de passer dans les mains d’acheteurs de Hong Kong. Quant à l’OPA amicale sur le Club Méditerranée qui vient de se produire, elle débouchera de l’avis général, sur une annexion de l’un des plus beaux fleurons de notre patrimoine touristique.

ALERTE A LA VACANCITE

TOURISCOPIE. N° 157-158. Juin 2013

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Certains d’entre nous y ont peut-être cru. A l’heure où les épidémies ne sont pas rares, les vacanciers comme les autres, peuvent avoir été contaminés par un mal insidieux durant leur séjour dans un établissement du groupe Pierre & Vacances. D’où le courrier les invitant à consulter le docteur Pierre. Jusque là, rien de suspect. Le groupe de tourisme fait bien son travail. Sauf que le docteur Pierre consulte sur un site internet ! Lequel ? Pierreetvacances.com/lavacancite !

Après quelques petites secondes d’inquiétude, la supercherie est démasquée, l’alerte passée… Mais, soulagé, l’on ne peut qu’applaudir cette campagne de marketing viral, simple, drôle et probablement en train de créer un néologisme qui devrait avoir la vie longue : la Vacancite !

… Depuis ces deux dernières décennies, sous les effets d’un marketing très offensif, de la décélération des prix, l’avènement des promotions et surtout la démultiplication de l’information et de la publicité sur Internet, il est clair que les vacances sont devenues un produit de grande consommation revendiqué par une grande partie de la population occidentale. Partir, est un diktat correspondant d’ailleurs parfois plus à des besoins ostentatoires qu’à des besoins personnels. On part pour exprimer son identité tout autant qu’un ras le bol de la vie quotidienne.

TOURISME ET MEDIAS

TOURISCOPIE. N° 156. Mars 2013

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Dans la tourmente politico judiciaire qui agite une fois de plus la France et ses médias, le fait touristique a une importance négligeable. Pourtant, des touristes chinois attaqués à Paris, plutôt sérieusement puisque le vol a concerné un groupe entier descendu de son car pour aller dîner, voilà qui ne passe par inaperçu. D’autant qu’à peu prés au même moment, des touristes occidentales sont agressées et violées en Inde ainsi qu’une autre voyageuse au Brésil !

Ajoutés à cela quelques enlèvements dont le dénouement est souvent heureux : Et voilà que les médias s’enflamment, de part et d’autre de la planète, brandissant le spectre de la violence et de la délinquance pour démoraliser les malheureux touristes en mal d’évasion.

LAISSEZ NOUS REVER

TOURISCOPIE. N° 155. Février 2013

 

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Si l’économie réelle table sur une croissance zéro, et si l’industrie touristique occidentale n’a pas le moral au beau fixe, l’ « économie » de la connaissance si elle était quantifiable, tablerait pour sa part sur des records !

Les Echos par exemple viennent de mettre en ligne des données concernant la situation économique de la quasi majorité des pays de la planète. Et bien entendu, ces données consultables à la minute et ouvertes à tous sont gratuites. Comme celles de n’importe quelle entreprise publique ou privée d’ailleurs, comme celles de l’Insee, l’Ined, comme celles d’Eurostat, de l’Onu, de la Banque mondiale, de l’OMT… Et pour qui est polyglotte, le tsunami d’informations disponibles sur le Web atteint des sommets.

… L’heure de ce que l’on nomme les « open data » ou « big data » a bel et bien sonné, constituant l’une des révolutions les plus importantes de ce millénaire. Oui, nous pouvons tout savoir. Oui, nous sommes connectés en permanence à une bibliothèque planétaire. Oui, la connaissance qui plus est, en temps réel, est à portée de clicks. Mais, en sommes nous conscients ? Et qu’allons nous faire de cette manne ?