Touriscopie

Novembre 2004. L’influence des enfants dans les prises de décision

Novembre 2004

LES ENFANTS INFLUENCENT-ILS LES PRISES DE DECISION VACANCIERES ?


Depuis quelques années, un pourcentage auquel nous avons nous-mêmes souscrit, indiquait que nos enfants étaient majoritairement décisionnaires en matière de vacances. Fourni par IED –l’Institut de l’enfant-, ce pourcentage de 51% faisait autorité et faisait de nos enfants des prescripteurs infaillibles aux souhaits desquels des parents dociles obtempéraient.
Nos enfants étaient bel et bien rois. C’étaient eux qui, selon les données de l’époque, influaient sur le choix d’une marque de voiture et sur celui d’une boîte de corn-flakes.
En était-il vraiment ainsi ? En est-il surtout toujours ainsi ?

Une étude qualitative que Touriscopie a menée pour le compte du Bureau de la Stratégie de la Direction du Tourisme- durant l’hiver 2003- est nettement plus nuancée par rapport à ces jeux d’influence familiaux.
Questionnés séparément – les mères d’un côté, les pères de l’autre et les enfants d’un troisième côté-, dans le cadre de familles plurielles –traditionnelles, monoparentales, recomposées-, ces individus recrutés parmi une population partant en vacances- sont loin d’afficher une attitude homogène par rapport aux choix vacanciers.
Pire ! Il semblerait bien que, bien avant l’avis des enfants, de nombreux autres facteurs interviennent dans les choix de séjours, de destinations, de formules de vacances… Lesquels ?


UN RESEAU COMPLEXE DE PRESCRIPTEURS


Le budget familial
 
Premier de ces prescripteurs –nul n’en sera surpris ! – le budget. C’est en effet dans ce cadre financier –souvent étroit- que les parents sont obligés de prendre leur décision. Et la bonne nouvelle, c’est que la plupart des enfants, fortement sensibilisés par le discours parental, aux questions financières, en font tout autant état que leurs parents. : « les vacances, c’est cher, confessent-ils, on ne peut pas faire ce que l’on veut ».

• Les relations inter familiales
Autre frein à une prise de décision consensuelle : les liens familiaux. Et, en particulier, les liens avec les grands-parents. Quand ceux-ci ont un lieu de résidence éloigné de celui de leurs petits-enfants, ils constituent l’une des premières destinations de séjour. Les vacances de Noël leur sont tout particulièrement consacrées ainsi qu’une partie des vacances d’été.
De plus, les grands-parents confirment leur statut de baby-sitters privilégiés d’enfants aux vacances plus longues que celles de leurs parents.
Mais ces séjours sont diversement vécus. On s’en doute ! Alors que les petits accueillent avec plaisir des vacances avec papy-mamy, dès les premières heures de l’adolescence, le vent tourne et ce type de vacances cesse de convenir.

• L’influence de la résidence secondaire
Autre entrave à une prise de décision relativement libre, l’existence d’une résidence secondaire. Un patrimoine d’autant plus contraignant que son acquisition est récente et n’est pas encore rentabilisée.

• Le comité d’entreprise
Dans, beaucoup de ménages dont l’un des membres –ou les deux- dispose d’unC.E-, il semblerait également que ce soit cet organisme qui prenne les décisions pour le reste de la famille !

• L’influence tyrannique des goûts des parents
Enfin, une évidence s’impose : quand les parents ont des goûts bien tranchés en matière de loisirs – voyages à l’étranger, voile, ski, campagne…ou, tout simplement détente-, ce sont leurs goûts qui priment sur ceux des enfants. Malgré des discours contraires.
Très égoïstement, les parents choisissent en fonction de leurs affinités et s’appliquent ensuite, très hypocritement, à vendre leur choix à leur famille !

LES AGENTS D’INFLUENCE INTERNES

A ces paramètres très limitatifs dans le choix vacancier, s’en ajoutent une série d’autres plus liés aux structures familiales et à leur composition.

• Les variables liées à l’âge
En tête de ces agents d’influence : l’âge des enfants. Petits, leur influence est tacite mais indiscutable. C’est leur confort et celui de la mère qui prime. Celle-ci aura donc tendance à avoir le dernier mot.
Mais, plus tard, les enfants –surtout les moins de 11 ans- dont les référents en matière de destination, sont plutôt rares, n’influent guère.
Se laissant essentiellement guidés par leur aspiration à la convivialité – c’est le temps des « copains d’abord »-, ils ont tendance à afficher une certaine passivité en matière de choix.
En revanche, les adolescents – 13 à 16 ans- affichent des revendications plus marquées et tentent d’infléchir les choix familiaux. Mais, souvent en vain.

• La taille de la fratrie
Autre agent d’influence : la taille de la fratrie. Il va de soi que les familles nombreuses s’embarrassent beaucoup moins que les familles à enfants uniques des desideratas de leur progéniture. Les arbitrages étant d’ailleurs d’autant plus compliqués que les âges des enfants se situent dans une fourchette vaste.

• Les vacances reflets des relations conjugales du couple.
Enfin, il apparaît de façon très nette que, dans un couple aux relations harmonieuses, les vacances font l’objet d’un consensus. Au contraire, quand un couple s’entend moins bien, le choix vacancier reflète la relation conflictuelle du couple et sert à attiser les conflits latents.
Autre constat très clair : les prises de décision incombent en général à celui des deux membres du couple qui dispose du pouvoir matériel et temporel.
C’est en général, celui qui paie les vacances et qui a le temps de les organiser qui impose son choix.
Mais la bonne connaissance de l’offre et la maîtrise de l’outil technologique –internet- entre aussi en ligne de compte.

L’INFLUENCE DETERMINANTE DE LA STRUCTURE FAMILIALE

Enfin, et surtout, il convient de souligner l’influence majeure de la structure et de l’organisation familiale.

Les rites de la famille traditionnelle : classicisme

Majoritaire en France, la famille traditionnelle observe des rites de décision généralement liés aux facteurs cités précédemment dont le plus répandu semble être le suivant :

-Une mère qui organise
-Un père qui passe la commande
-Des enfants qui obtempèrent.

• L’exception monoparentale

En revanche, dans la famille monoparentale, ce schéma est rompu. Les processus de décision étant, à l’évidence, d’autant plus différents de ceux des familles traditionnelles que la famille compte un enfant unique.
En effet, alors que la famille monoparentale à plusieurs enfants obéit généralement au même schéma que la famille classique, la famille a un enfant agit selon des rites apparentés à ceux d’un couple d’adultes -homosexuel ou hétérosexuel-.
Engagé dans un tête-à-tête permanent – on mange en tête à tête, on sort en tête à tête –les enfants – surtout les plus petits- sont consultés comme de véritables partenaires par celui des parents qui en a la charge.
Une situation que l’enfant n’exploite pas forcément car, en l’absence de référents, il est souvent incapable d’exprimer un avis et une préférence.
Seuls les adolescents sont mieux équipés pour aider leur parent à prendre une décision et profitent plus sensiblement de leur rôle de partenaires.

• Les familles recomposées : des variables

Enfin, dans la famille recomposée qui présente de très nombreux visages – voir fiche : les familles françaises- il semblerait que deux cas de figure majeurs peuvent causer des variations importantes au niveau de la décision de vacances.
Il s’agit tout d’abord de la date de recomposition de la famille : recomposée depuis longtemps, celle-ci se comporte comme une famille traditionnelle.
A l’inverse, recomposée de fraîche date, cette famille a tendance à faire primer les desideratas du « nouveau couple » sur ceux des enfants.
On assiste donc très souvent à des prises de décision excluant les enfants. Ce sont plus des décisions « lune de miel » à l’avantage du couple, que des décisions familiales.
 Mais, remarquons que les enfants élevés dans une famille recomposée se soumettent plus volontiers que dans d’autres familles à des décisions arbitraires. Pourquoi ? Tout simplement, parce-qu’ils ont droit à un supplément de vacances, avec celui de leurs parents qui n’en a pas la garde pendant le reste de l’année. Leur double vie leur permet de doubles vacances !


LES ACTIVITES DE LOISIRS : UN ACCORD AMIABLE

Si les décisions en matière de vacances sont rarement consensuelles, on remarquera que, dans le domaine des activités de loisirs, sur le lieu de vacances, les processus sont très différents.
Une fois partie, et quelle que soit la destination, la famille, malgré ses discordances, tente d’afficher un mode de fonctionnement nettement plus démocratique. Pour deux raisons essentielles : assurer sa tranquillité, donc sa part de repos et de détente.
D’autre part, il convient pour elle de compenser son autoritarisme et de « faire plaisir ». Une dernière dimension d’autant moins négligeable que les vacances continuent de constituer un moment de retrouvailles privilégié pour les familles.
A l’évidence, les enfants se sentent donc consultés sur un choix d’activités. Mais, de nouveau, plusieurs freins à la négociation entravent quelque peu le processus démocratique.
Il s’agit du budget familial –toujours-.
Il s’agit encore de la taille de la fratrie et des âges des enfants.
Il s’agit enfin – et toujours- des goûts des parents et de leur personnalité.
Sur ce dernier point, on constatera une nouvelle fois que l’aspiration au repos et à la détente du couple peut primer sur les distractions des enfants. Tandis que, à l’opposé, la volonté éducative des parents peut continuer à faire des ravages !

• Le supplice des vacances à l’étranger

L’un des freins les plus courants à des vacances harmonieuses réside bel et bien dans la quête éducative des parents. Le séjour à l’étranger – ou le circuit en France- sont en général les espaces privilégiés dans lequel s’exerce l’autoritarisme des parents. Persuadés que leurs enfants doivent profiter de cette expérience qu’ils jugent exceptionnelle, ils en profitent pour remettre leur progéniture dans une situation quasiment scolaire dans laquelle ils lui imposent leur choix de loisirs.
Source de conflits, le séjour à l’étranger n’est donc pas toujours du goût d’enfants peu enclins, la plupart du temps, à subir visites et circuits culturels. Il est surtout peu du goût d’adolescents  aspirant à l’autonomie, au « farniente » et aux sorties.

• La colo : un territoire d’autonomie

Dans un univers dominé par le choix des parents, la colonie de vacances semble, pour sa part, constituer le seul véritable espace d’autonomie.
Même imposée par les parents en tant que formule de vacances, la « colo » fait l’objet d’un choix lié aux affinités des jeunes – équitation, musique, théâtre ou tout simplement réseau de copains…-.
Espace de liberté, elle constitue donc le territoire idéal et exclusif où l’enfant peut exprimer sa personnalité, ses goûts et s’épanouir.
Très souvent, la « colo » constitue une alternative compensatrice : « on s’en fiche d’aller où les parents décident, pourvu qu’on aille en colo ensuite ! » résume deux fillettes de 10 et 11 ans !

EN CONCLUSION…

Les vacances ne sont donc en aucun cas, un produit de grande consommation sur lequel l’influence de l’enfant peut être identifiée de façon catégorique.
Espace temporel et spatial spécifique, leur « achat » ne peut résulter de processus de décision similaires à ceux observés dans les domaines de l’alimentaire, du vêtement, de l’automobile ou de l’informatique…

Considérées comme un produit « exceptionnel » sur lequel l’erreur est gravement préjudiciable au climat familial, elles continuent de faire l’objet de choix relativement autoritaires -au sein d’une nébuleuse de contraintes- par des couples pères-mères aux relations plus ou moins conflictuelles.

Néanmoins, en oligarches éclairés, le père et la mère ont compris qu’il valait mieux faire des concessions pour préserver leurs vacances.

« Professionnels de la négociation », ils en usent habilement, notamment grâce à trois cartes  majoritairement « gagnantes » : les copains, une palette d’activités, la mer…
On peut donc plus parler d’influences indirectes que directes. Quand cela est possible, en tous cas.

*Sources
Les processus de décision en matière de vacances à l’intérieur des familles. Une étude réalisée par Touriscopie pour le compte du Bureau de la Stratégie de la Direction du Tourisme.
Méthode d’enquête : les membres de 14 familles de 4 personnes – enfants de 9 à 16 ans-  ont été interrogés, séparément, dans 4 régions de France.

LE POINT DE VUE DES PARENTS AMERICAINS

Selon une étude de l’université du Michigan –voir Touriscopie N°53-: les parents des petits américains de la côte est, sont 62% à considérer que leurs enfants jouent un rôle dans la prise de décision et 77% d’entre eux estiment que ceux-ci les aident à organiser leurs futurs séjours.
Interrogés de leur côté, les enfants, pour leur part, sont 83% à indiquer qu’ils se sentent consultés en matière de choix de vacances !
Un pourcentage probablement excessif mais révélateur d’une attitude assez répandue parmi ces « enfants rois » que demeurent les petits Américains !
Bien entendu, ces estimations sont aussi très variables selon les âges des enfants. On constatera sans surprise que les adolescents sont de loin les plus aptes à influencer leurs parents –84% sont dans ce cas- tandis que les plus jeunes – de 5 à 10 ans- sont beaucoup moins influents.

LES INFLUENCES DES PETITS EUROPÉENS

Selon une étude d’Ipsos menée au niveau européen-  il semblerait que les petits Européens sont parfois privés d’argent de poche, mais disposent néanmoins d’une certaine marge de manœuvre sur des pans entiers de la consommation les concernant de près ou de plus loin.
Ainsi, l’intervention régulière des enfants dans les choix de consommation de la famille est presque unanimement reconnue par leurs parents dans les domaines de l’habillement -84%- des loisirs de la famille -80%- et de l’alimentation -76%-.
Mais attention, le domaine des loisirs est large : du jouet à la musique, il inclut aussi la lecture ou les pratiques sportives et culturelles et le cinéma !
Quant à la capacité des enfants à donner leur avis sur le choix des vacances, elle semble nettement plus discutable.
Ce sont d’ailleurs surtout les 15-17 ans qui s’avèrent plus influents que leurs cadets : 45% d’entre eux interviennent souvent ou de temps en temps, contre 34% en moyenne.

* Sources : Ipsos pour SOFINCO.
Etude réalisée auprès d’échantillons représentatifs de la population âgée de 15 ans et plus, de huit pays de l’Union européenne : France, Allemagne, Grande-Bretagne, Espagne, Italie, Portugal, Belgique, Pays Bas.

One thought on “Novembre 2004. L’influence des enfants dans les prises de décision

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.